Journal d'Anton B.

Jeudi 18 septembre 2025, 22h40

Frustra ferro diverbere umbras. Extrait du Journal au 18 septembre 2025:

« La roue arrière du vélo bulgare se désaxe devant l’ambassade canadienne. Atteins péniblement l’Arc de Triomphe, où laisse la machine. Il faudrait changer l’axe, opération hautement incertaine. De toute façon, abandonnons le trajet jusqu’à Anna-de-N. : déposerons désormais les enfants à la gare de Baneasa, où ils finiront en bus, avec leur mère. […] Ma sœur envoie une radio de son petit : il se présentera, de toute évidence, par le siège – un accouchement en mode warrior, écrit-elle. Les enfants, qui se sont confrontés hier pour la première fois, dans Objectif Lune, à ce genre de photographie (les Dupondt), la fixent bouche bée. […] Z. toujours étonnante. Ce matin, l’entends s’inquiéter du chiffre 7 qui, à l’en croire, se présente aujourd’hui partout où elle pose le regard. Puis sur les petits Marocains, des drogués. Elle allait poursuivre mais le ping d’un sms, elle replonge dans son téléphone, un répit. […] A peine dîné que repars chercher le bulgare à l’Arc de Triomphe. Remonte, pour varier, par la rue Barbu Delavranca, dont ne connaissais jusque là que la statue, dans le parc : rue superbement interbellique, palais aux toits crevés par les frênes, salons de manucure, d’épilation laser, de soin-par-le-froid phagocytant le premier étage des maisons de famille ; mais où chaque station du promeneur curieux provoque un mouvement inquiet, une vague dans les rideaux, une lumière qu’on mouche de la main. Le vélo là où l’avais laissé ; mais les dégâts sont tels que dois le pousser, par Kiseleff cette fois, jusqu’à la maison. Discussion amère avec Elsa pendant que je démonte l’axe, qui est gauchi, dans le salon ; mais elle a raison : deuxième année ici et les questions les plus simples de la logistique toujours laissées en blanc. N’ai pris depuis Riga que des décisions stupides, nous sommes coincés dans ce désastre jusqu’en juin, ne sais même pas comment amener les petits demain matin à l’école. […] Appris aujourd’hui l’extraordinaire étymologie de théodolite, dont j’avais longtemps redouté qu’on me la demande. […] Deux sensations, pourtant, pour racheter ce tableau maussade. La première, c’est que la pièce meulée pendant douze mois par le frottement imprévu du moyeu s’est couverte de limaille fine, si fine qu’elle pénètre instantanément la peau. Douleur légère mais qu’accentue l’idée métallique et l’impuissance, malgré la graisse, le savon, à sortir cette grenaille-là autour de quoi la chair déjà gonfle. La seconde : pour me dégraisser les mains, n’ai pas de savon en poudre Bonux comme dans mon enfance, chez Papi et Mamie ; me les frotte avec le marc de café, ce qui n’est pas sans réveiller quelque chose. Assez efficace, au demeurant.»

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