Journal d'Anton B.

Mercredi 17 septembre 2025, 20h36

Frustra ferro diverbere umbras. Extrait du Journal au 17 septembre 2025:

« Le mandarin de la poésie française, hier, en descendant l’escalier de l’institut culturel interrogeait le visage des gens et je ne pus m’empêcher, au moment que son regard croisait le mien, et devant Ana B. à qui je venais d’affirmer l’inverse, de bredouiller un vague : C’était très intéressant. Lâcheté que j’ai souvent reprochée aux autres, la mienne désormais. Autre souvenir dégagé au petit matin des brumes de l’ivresse : le patron du café, celui de Clermont-Ferrand, qui vers une heure du matin pour nous dégager lance à la cantonade en français un Vive la République. Roxane toujours sur le départ, la question de l’où on la lui a trop posée et c’est maladresse de ma part d’à mon tour ; elle m’interroge, pour couper, sur le premier truc qui lui passe par la tête, je réponds trop longtemps, elle m’écoute en baillant. Pendant la conférence elle-même, un petit homme en costume, écouteurs sans fil, regard espiègle, fait des allers-et-retours aux gogues : l’ambassadeur géorgien. Grégory, très à l’aise en maître de cérémonie, a retiré sa casquette. Sur une chaise du dernier rang, enfin, Z., la folle du Christ, qui m’attrape au passage, me demande ce que j’ai pensé du Grand Réveil, de Louis d’Alencourt, son grand ami mort, dont elle est persuadée que j’épouse les thèses ; d’où nouvelle lâcheté : Ne l’ai pas encore lu, madame. […] Long et beau mail de Camille, qui me touche terriblement. […] A sept heures du matin un arc en ciel vers le nord. […] Le monde désormais sans Robert Redford. […] Au café, dans la galerie, dès neuf heures. Il n’a pas ouvert encore mais les tables sont dehors et les bancs. Le ciel se couvre, le vent se lève. Il tourne les pages du carnet sur la table, laisse faire pour les signes. Mais rien de clair. Puis le déluge, sous lequel traverserai la ville en vélo ; le regarde, pour l’instant, sous les arcades. Suis en manteau. Passé l’écharpe de Paula. […] Apprendrai, plus tard, qu’E. et les enfants ont en vain attendu le bus, ce matin. Commandé un Uber, qui n’est jamais venu. C’est Delphine, en passant, qui les aperçoit, naufragés de la cybernétique générale, qui s’arrête en plein de la route sous les klaxons et les emporte sains et saufs à Baneasa. Sommes rats courant. E., d’autorité, pour sauver quelque chose du jour, décide des crêpes pour le goûter. »

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