Journal d'Anton B.

Samedi 13 septembre 2025, 21h19

Frustra ferro diverbere umbras. Extrait du Journal au 13 septembre 2025:

« Rêve : je remonte un village un jour de baignade. Des jeunes filles sortent de la rivière en se disputant. C’est un village que suis censé connaître, y ai rendez-vous avec quelqu’un ; mais la seconde d’après plus qu’un village de passage, que traverse en voiture, ralenti par les jeunes filles qui marchent sur la chaussée comme un troupeau échappé. […] Elsa rentré trop tard hier. N’ai pas rejoint les collègues au Zadar. Dormi huit heures, comme un gosse. Au réveil, trouvons la porte pas complètement poussée : panique. Mais c’est le verrou qu’en rentrant hier E. n’a tourné qu’une fois, ce qui laisse un jour. […] Pour Rosine : Cent fois Perros – suggérant l’idée, qu’une préface peut appuyer, que Perros Guirec renouvelle sa pâte tous les ans, une ville tout autre. Ou bien, plus ran-tan-tan-plan: Siècle de Perros Guirec. L’éditeur, lui, attend certainement quelque chose comme : Il y a cent ans à Perros Guirec, ce qui serait un peu corrigé en précisant le lieu : un toponyme patois, imagé etc. Moi qui suis sensible à l’histoire Le Bohec, ne peux m’empêcher de regretter de la voir confondue dans le folklore des Côtes-du-Nord, qui en noiera la singularité aux yeux des lecteurs. De la même manière, renommer les Patates au lard. Tout ça complètement balayé par la publication, un jour, du Journal de Rosine, œuvre sans commune mesure avec les modestes grattages de ses parents. […] Une vieille femme rom, à l’arrêt de bus, vocifère contre les pigeons ; se lève de temps en temps pour en shooter un, perdre l’équilibre et tomber. La foule passe à l’écart. Le type qui remonte l’avenue en fouillant les poubelles, lui, n’est pas impressionné : il la remet à sa place, demande de baisser d’un ton. Elle éclate, ne vain ; finit par s’accroupir devant le coiffeur, dont elle fume les mégots en maugréant. […] Sur l’érotisme banal des rêves soudain quel voile grave : pas tant des femmes nues qu’une fenêtre ouverte sur quelque grand secret, l’avertissement d’une menace. Tant et si bien qu’au contraire de mes rêves d’enfant je ne cherche plus à en retenir les formes, à m’y fixer, mais je presse nerveusement l’avance rapide. De ces seins qu’un abîme gonfle détourner le regard. […] La matinée au café, studieusement. La messe se prépare, le bedeau clope au bec porte, dans un panier d’osier, le bordeaux rebouché et, enveloppées dans le papier d’une pâtisserie élégante de la Calea V., les osties. Une Hollandaise d’une beauté incroyable lit un roman devant moi. Le chant : Dieu sauve la Roumanie. Un fou, que croiserai à deux rues de là, la gueule cassée, une grande clef au cou, lui répondra en criant de toutes ses forces : La Roumanie meurt. […] Pour conserver le tabac une tranche de pomme-de-terre. […] L’après-midi au parc. Le soleil tombe. La façon qu’a le saule pleureur de toucher l’eau. La lumière coupée par les branches sur le visage d’E., comme si on y projetait un vieux film. Elle m’extrait, pendant que la regarde, des proverbes roumains, énigmatiques : Chacun entasse la cendre sur sa propre galette ; puis : C’est la peur qui garde les melons. »

2 réponses à « Samedi 13 septembre 2025, 21h19 »

  1. Avatar de candyfurrye2272443dd
    candyfurrye2272443dd

    Je ne sais pas trop quel doit être le rôle d’un titre. Accrocher ou annoncer ?

    J’aime

    1. Avatar de Anton B.

      Accrocher, sans hésitation. Un peu énigmatique. Que le titre et le livre se trouvent toujours en tension. Mais ne suis toujours pas satisfait de ce Perros G.-là.

      J’aime

Laisser un commentaire