
Frustra ferro diverbere umbras. Extrait du Journal au 8 septembre 2025:
« Avons vu l’éclipse : au dessus de la statue de Khayyam d’abord, plein Est, puis accrochée à un coin du palais du gouvernement. Lune rousse, bientôt plus qu’une ombre rousse, que surveillons fascinés, seuls dans la foule ignorante qui afflue au concert public de l’avenue Kiseleff. Cette foule finira par se retourner à son tour, à l’invitation du chanteur – il imite le loup ; alors les téléphones s’empresseront de photographier l’absence, geste très beau et très grave qui, je les surprends, en arrête certains, les pensifs. S. danse sur la pelouse, danse très bien, va savoir d’où ça lui vient ; le petit J., lui, s’endort sur mes genoux. A la maison à 22h. Nuit agitée. S. fait un cauchemar (appelle Stella, sa maîtresse de l’année dernière, pour lui ‘montrer quelque chose’). Chaleur étouffante. Dans la cour de l’hôpital, en face, une camionnette fait des fumigations monstres – contre les moustiques ? les cafards ? la mort ? […] Dispute, au matin, au sujet de la 106. L’utiliser le moins possible certes, mais comment faire sinon. Changer d’appartement aurait répondu à ce problème mais c’était juin et on n’en a pas pris la mesure. […] La matinée au café Sacara puis à l’Humanitas, sous la galerie, près de l’église. C’est la ville frémissante des lundis matin, la culpabilité tiède de n’être pas concerné par les angoisses de cette foule de secrétaires en tailleur haut, d’employés en chemise qui me jettent, en passant, un coup d’œil réprobateur – ai vingt ans à Grenade. De l’église montent des chants, le clingueling des encensoirs; et l’impression, assez vite, de participer de cette messe mais à distance, depuis une tribune retirée, dont l’âme tirerait clandestinement quelque profit. Un taxi pour rentrer ; mais il y a manifestation monstre sur la place de la V. : les professeurs, qu’on oblige désormais à pointer du matin au soir sur le lieu de travail, à enseigner différentes matières etc. Nous faufilons péniblement, arrive vers midi à Anna-de-N ; c’est pour apprendre, à peine arrivé, que S. a vomi en classe, que l’infirmière m’a fait chercher. […] Contrariétés, une fois n’est pas coutume, d’ordre professionnel. Dois solliciter monsieur N., qui vient d’arriver, que les sollicitations des uns et des autres mettent déjà à rude épreuve, et que je ne me voyais pas embêter un jour avec mes problèmes. Il ne fera rien, me le dit dans le patois des administrations. Sa mâchoire, en se crispant, dessine des muscles nets, comme un écorché de cire. Costume flambant neuf : c’était, on comprend, une mutation prestigieuse, une opportunité de carrière. Pas un mauvais bougre cependant, et de bonne foi. Ma place meilleure que la sienne. […] Le gouvernement Bayrou est tombé. […] Grégory me donne le numéro personnel de XXXX. Ce mec connaît décidément tout le monde. […] Mail de Catherine, à Dz, pour son atelier d’écriture. […] Nouvelles de Riga, inquiétantes. En Estonie incursion d’un hélicoptère de combat russe : quatre minutes. Les Estoniens n’ont pas tiré. »
Laisser un commentaire