Journal d'Anton B.

Dimanche 7 septembre 2025, 19h16

Frustra ferro diverbere umbras. Extrait du Journal au 7 septembre 2025:

« D. s’étonne de ma fascination pour le forage dont on ne méconnaît plus, les mesures sont tombées, les effets sur la qualité de l’air. Un peu en peine de lui répondre. L’odeur de l’enfance, l’ai déjà dit. Puis la mythologie : le viol de la Terre par le Ciel sous nos yeux rejoué ; ou plutôt, sans masque eux non plus ni casque anti-bruit, à peine protégés par des foulards, l’empressement des Niebelungen en gilet jaune à élargir les portes de l’enfer. Mais ce qui me revient ce soir, en y pensant, c’est le goût que j’avais, petit, pour les maisons qui bordent les falaises, dont j’aime toujours à lire dans Ouest-France qu’on les évacue préventivement, qu’elles resteront là, des épaves à l’air libre ; et il ne me déplaît pas, dans ce grand bâtiment menacé, de frayer avec les fantômes, de jouer avec le feu, avant la bascule – les cours flambant neuves de Voltaire, à Sheikh Zaied, que le sable du désert remplissait comme un cendrier, m’inspiraient jadis une émotion pareille. Romantisme adolescent mal guéri. A Pompeï j’aurais fui trop tard. […] Les locaux du PNL, en face, de nouveaux allumés. On a replacé au dessus de la porte le logo du parti – des flèches vers le haut, fascistoïde mais ce n’est, après vérification, qu’une sorte de RPR aux abois. De jeunes gens s’assemblent devant pour se congratuler. Rien pourtant sur internet. […] La machine toujours HS. Pars dès huit heures à l’easywash de la gare du nord mais le taxi m’embrouille. Nous nous toisons : un type cireux, le T-shirt trempé de sueur ; il se mord les joues de l’intérieur – un qui n’a pas dormi, comprend-on. Les clefs portent un numéro : pas sa voiture.  »Tu as beaucoup travaillé », je dis. Le ton redescend. Traversée nerveuse d’une ville pourtant vide. L’easywash jonché de plumes d’oreiller, qu’un champ magnétique attire jusqu’en haut des vitres sur la plinthe d’aluminium, et qu’on peut faire danser, de l’autre bout de la salle, rien qu’en soulevant le bras. La lessive renversée un peu partout, les surfaces brûlent les mains. 20 lei le cycle de 30 mn; en lance trois. Un clochard recharge son portable, ce doit être un plan qu’on se refile. Au café d’à côté la caissière indifférente passe de la musique turque. Dans le parc en face, trop tôt pour les dealers et les filles ; à la place, des vagabonds font leur prière du matin ; ils se passent les pieds sous l’arrosage automatique et s’échangent leur pantalon au fur et à mesure de leur amaigrissement. […] Déjeuné à un camion de l’avenue Kiseleff ; mais rentre vite, j’attends un coup de fil pour le vélo à 600 lei que j’ai repéré sur OLX. Passerai l’après-midi à attendre ce coup de fil. Sur internet, rien de fiable, aucun rendez-vous possible, jamais le même interlocuteur : une vaste Égypte. La journée perdue. En aurais-je rien fait, d’ailleurs. Appelé Florian, qui remplace Machine au débotté, à Riga ; puis Jean que le manque d’argent empêche de finir son chantier. La voisine passe nous offrir une courge et des figues. Il y a, ce soir, une éclipse de Lune ; mais le ciel est couvert et je ne fonde aucun espoir dessus. »

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