Journal d'Anton B.

Mercredi 2 juillet 2025, 22h39

Points de bascule. Extrait du Journal au 2 juillet 2025:

« La journée sur la plateau : bilans divers. La salle de spectacle est pleine. Les sigles défilent sur le powerpoint : ZESE, AFZ, AFE, PRF, EBEP, PSD mais la mode est désormais aux sigles suggestifs : EMILE, ORION, ATHENA. Le sens de ça ? De temps en temps, une trouvaille : la  »cartographie des controverses », la  »valence ». Pour une grosse heure le bilan assez maigre. Mon voisin consulte le Monde sur son portable. […] Sérénité : n’ose la briguer vraiment. La peur, surtout, de ne faire que répondre à la sommation de me tenir tranquille, érigée en philosophie. Ne rien casser, ne pas faire de vague. Il doit cependant exister, montant du dedans, une ataraxie sincère, et qu’on reconnaîtra à ce qu’elle dérange. La chercher. […] Nature religieuse des réunions. Mille preuves. Langue artificielle, fonction référentielle nulle. Transcendance mal cachée de l’Agence, ses attributs divins, sa profondeur inconnaissable ( »L’Agence nous presse… »,  »C’est ainsi qu’il faut comprendre l’Agence. »  »L’Agence s’est enfin manifestée. »). Le premier rang mâchoires serrées, les suivants qui murmurent, donnent dans le cynisme et le mot d’esprit mais quoi ! ils ne sont pas moins venus. Ne pas mépriser : la communauté se vérifie elle-même ce qui, ça m’écorche de le dire, n’est pas sans importance. On n’y apporte rien que sa présence mais elle vaut consentement plein. […] Deux postes à pourvoir dans notre équipe. Un type voulait nous rejoindre, mais rien de sûr. Une reconversion professionnelle ratée dans le vignoble ; des problèmes d’ordre personnel. La concurrence de Sarajevo. Rien de sûr. Deux autres, de Besançon, viennent de se dédire :  »Leur projet, conclut S.V., était mal finalisé. » […] Disparité du motif des buses d’aérations : fleurs, losanges, quadrillages. Leur distribution sur le 10×10 du faux plafond laissée à la libre fantaisie de l’ouvrier. Échec de la norme, la singularité qui pousse, d’où, modestement, fragilement, la beauté. […] Une conférence sur le harcèlement au travail. La fille projette les articles du droit roumain et me retient, sans le vouloir, sur la pente de l’endormissement : la loi, prise dans ses extrémité, révèle soudain sa nature brumeuse, panique. Des listes interminables, du conditionnel, des ou bien qu’électrise la peur de mal fermer les cercles. Car l’enjeu n’est pas tant, comprend-on, de punir le crime que de le nommer – le montant des amendes, d’ailleurs, excessivement gonflé, pas crédible. D’heureuses trouvailles –  »solliciter les faveurs sexuelles » mais aussi les ruptures de ton : la blague, la taquinerie voire, plus spectaculaire encore, l’abandon des périphrases d’usage: l’espionnage. Une conversation qu’on aurait fixée en se promettant d’y revenir, mais on n’y est pas revenu. […] Le pot de départ : Agnès, Sylvain, Robin, Cristina, d’autres. Madame C. rentre en France, son émotion je la comprends. Me fait la bise. Discours, petits cadeaux. Buffet. Mais je n’en profiterai guère, J. a perdu son doudou, Elsa et moi passons la soirée à fouiller l’établissement. Le retrouverai sous un tapis. Rentrons épuisés, Sylvain dans la voiture, qui grince au freinage bizarrement. »

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