
Points de bascule. Extrait du Journal au 1er juillet 2025:
« Sorti quand même : à 23h, broyant du noir, n’y tenant plus. Au Londo, en vélo. Mais une auto me coupe la route sur la place de la Victoire, je me ramasse salement. Des motards le silence inquiet. Me relève, les rassure, fais le signe de la victoire. Le coude a pris, la nuque un peu raide. Le Londo moins vide que pensais. Me tire une table dans un coin, y travaille jusqu’à une heure, rejoint de temps en temps par le serveur, qui raconte je-ne-sais-quoi. […] Renonçons officiellement à la mansarde derrière l’ambassade monténégrine. Ne sommes plus de force à encaisser un déménagement. Ne m’en préoccuperai plus. TSFDT. Visiterai, en septembre, ici et là, déciderai seul, imposerai. […] Au café toute la journée. Aurélie m’y rejoint, bavardons. Nous nous découvrons une connaissance commune, coïncidence peu croyable et qui s’avère l’être, toutes les vérifications faites ; mais pas des gens dont le nom mérite d’être sauvé ici. La fille derrière elle fait du codage, je crois, elle reçoit sans arrêt par mail un Page 404 not found, qu’elle laisse longtemps affiché. Des types branchés, dreads et tatouages, envahissent peu à peu l’endroit. […] A 13h, en vélo jusqu’au lycée. Du café c’est l’affaire d’une heure, un peu moins : la place de la V., le monument aux Aviateurs puis Herastrau, l’ambassade de Corée du Nord, la ligne de chemin de fer que deux jeunes filles essaient de traverser en soulevant des trottinettes municipales, très lourdes, le train pourrait venir n’importe quand, cris d’angoisse. Le lycée lui-même, vide. Assiste à la projection d’un film – un navet des années 80, le roi Arthur mais avec tous les excès, le préraphaélisme, le crépuscule interminable, que n’aurais pas manqué moi-même de commettre, si quelques millions. Ramenons les enfants. E. émue par les murs vides de la petite école, par les adieux des uns et des autres, se décharge dans la voiture. […] La chaleur moins terrible qu’en France, ou peut-être est-ce moi qui m’y suis fait. Finis par apprécier de me tenir debout dans la lumière, de braver la langue de feu en bras de chemise. La fin du monde sera lascive, les femmes y sentiront la sueur. Les cent dernières secondes un accouplement général. Puis le silence, les cerfs errant sur les boulevards. […] Sylvain à dîner. Il ramène des livres pour les enfants, un dictionnaire pour S. Elsa, de son côté, a racheté des caisses de Lego à la mère M. Poulet au four. Dernière fois. Parlé de l’avenir. »
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