Journal d'Anton B.

Lundi 30 juin 2025, 22h33

Points de bascule. Extrait du Journal au 30 juin 2025:

« Donné une heure à Baneasa, la première de la matinée. Les échanges teintés d’irréalité, les poignées de main en coton mouillé, de beaucoup d’entre eux j’entends très mal la voix comme s’il fallait me cacher une maladie grave. Me plonge plusieurs fois le visage dans l’évier. Malaise banal de juin, les gens disparaissent, on ne les reverra pas ; ils hanteront bientôt les coins de la photographie, ils oscillent, en attendant, dans la lumière chiche de la salle du haut, mal silhouettés, semblables au souvenir d’un rêve, au rêve d’un souvenir. Mais ma présence aussi doit le surprendre ; ceux qui me croise s’en étonnent. Rentre en taxi dès que possible, presque une fuite. Le taxi pas un mot, roule sans accélérer jamais, déchirure lente qui préserve les impressions du matin. […] Le film, hier, par Florian, du concert d’adieu à Stabu 24. Très émouvant. Gaëlle dans le couloir, fuyant la caméra. Aurélien solaire. Danila parfaitement à sa place. […] S. me raconte son rêve : une tempête. […] Au café pour l’ouverture. Ai imprimé des pages des Atrides, pages incompréhensibles, peut-être pas sauvables mais doute fort que quiconque veuille les sauver. Le jeune pope va et vient dans la galerie, le portable à l’oreille ; un plombier le rejoint bientôt. Ça semble assez grave. Trois heures à travailler sur la table du fond puis m’en vais sans avoir revu l’un ni l’autre. […] Les enfants s’attachent à leur mère plus qu’à moi. Je passe moins de temps avec eux, les excuse-t-elle, et pour les choses pratiques de la vie je ne suis pas d’une grande aide. Puisse l’avenir rétablir la balance. Mais ils rentrent, ce soir, me sautent dans les bras. J. me montre ses peintures de l’année, S. s’assied sur mes genoux. Soulagement. […] Mail de l’administration. Les professeurs y sont désormais désignés comme personnel d’enseignement. […] Visité un appartement de l’autre côté du Kiseleff, contre l’ambassade monténégrine. Excellemment placé, mansarde, l’intérieur pas sans charme mais sera moins confortable, sans doute, que le nôtre. Un bloc de l’an 2000, sans atmosphère. De surcroît le coût du double loyer de juillet. E. tiède. L’à-quoi-bon l’emporte, la stagnation. La nuit tombe, morose, sans perspective claire sur l’avenir : rentrer en France mais serions-nous si bien que ça ? Voudrais sortir mais rechigne à passer la soirée seul.»

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