Journal d'Anton B.

Dimanche 29 juin 2025, 21h38

Points de bascule. Extrait du Journal au 29 juin 2025:

« Levé tôt, lecture. M’échappe pour le café, qu’atteins pour l’ouverture, à dix heures. L’heure de l’office dans l’église d’en face, sur laquelle ma vue tombe en plein. Une mère se voile en blanc avant d’entrer. Une vieille femme en noir, le corps sec, sort une corbeille. Le mendiant, concentré ; bientôt rejoint par un acolyte, celui que prenais hier pour un postier à cause de sa blouse floquée du symbole. Une jeune fille en débardeur serré n’ose entrer, se vérifie les seins mais non, débordent, passera pas. Un type torse nu, sous un chapeau de quaker, un cylindre – contenant quoi ? – noué autour du biceps fait le tour de l’église avec deux dalmatiens énormes, en attelage ; il lit quelque chose sur son téléphone, au troisième tour il tient un cigare mais ne l’allumera ni au quatrième ni au cinquième ni aux autres, nombreux, sur les deux heures que j’y reste. Soudain c’est la conversation à la table d’à côté qui attire l’attention : l’Iran et l’Irak. La petite blonde a l’air sûr d’elle, son sabir anglo-roumain et l’odeur très forte, puisqu’elle est dans mon vent, de son déodorant. […] Hier, à la librairie, je demande à J. de m’attraper un des livres sur le présentoir, lui donne le titre en détachant bien les syllabes : Li-ber-té. Quelle n’est pas ma surprise de le voir se diriger aussitôt vers le beau poème d’Eluard, de l’attraper avec certitude. Bien vrai donc qu’il sait lire. […] D’où vient que de toutes les impressions sensibles le vent léger, tiède, soit celle qui nourrisse le plus l’intuition d’une réalité. Ne crois pas au feu, à peine plus à l’eau froide. Il fallait que la preuve du monde fût tout entière contenue dans son esprit. […] L’après-midi chez Clément S., à Jolie-Ville, avec Sylvain. Elsa finira par emmener J. à un anniversaire, dans le compound d’à côté ; Irina, la femme de C., par nous rejoindre mais brièvement, un rendez-vous en ville. M’inquiète un peu pour Elsa, qui devait revenir, ne revient pas ; mais c’est que les résidences entre elles sont séparées par des grillages infranchissables, racontera-t-elle, pour passer de l’une à l’autre faut sortir complètement, retrouver la grand route, repasser le poste de garde. Ce qu’elle racontera, aussi, c’est la réticence de J. à se mêler aux autres, ou plus précisément : il joue volontiers mais s’arrête dès que cela tourne en animation. Je comprends très bien ce refus, celui de la grande comédie. C’était, aujourd’hui, un étudiant grimé en Captain America. Le petit garçon aussitôt refroidi. »

Laisser un commentaire