
Points de bascule. Extrait du Journal au 23 juin 2025:
« Expédié avec le mépris que ça mérite les pitoyables travaux qu’on soumet, depuis Athènes cette fois, à mon jugement. Déjeuné avec Elsa chez le Libanais qui, commerçant, fait semblant de me reconnaître. Comme souvent les Libanais il rechigne à parler arabe, préfère le roumain, le français ou l’anglais. Le thé noir, à la fin, réveille si violemment les souvenirs que c’en est désagréable. […] Sur le goudron la fumée de craie au moment que les traceurs relèvent le fil à tracer. […] Visité deux appartements. Le premier vers 14h, métro Grivita : le grand immeuble devant la zone industrielle. Là, sous Ceaucescu, que relâchaient les céféristes entre deux trains ; d’ailleurs, dedans, tout en l’état. Le second, au soir, rue Stirbei Voda. C’est vieux, le gars renâclait, j’ai insisté toute la journée. L’endroit me fait forte impression : un grand bureau, les traces des tableaux vendus, des bibliothèques où restent quelques manuels de mécanique, un Candide, des romans policiers. Sommes à deux cent mètres de tout, signerais de suite. L’agent, le sosie de mon cousin Valerian, comprend mal mon intérêt. Faudrait acheter un lit, une gazinière, une machine à laver ; des tréteaux pour dresser des tables. Elsa sceptique, ne s’en cache pas. Trop fatiguée, d’ailleurs, pour y être vraiment. C’était la dernière visite. Va pour le clapier à lapin. […] Mail de Maud. Mail de madame T., qui accepte que laissions la 106 sur le parking cet été. Mail de Wessam. Elle aurait eu une promotion, parle de voyager – mais c’est une voix de l’outre-monde et je ne peux m’empêcher d’y chercher les signes. […] Les Iraniens ripostent sur les bases US au Qatar et en Irak. Tous les espaces aériens fermés. Font planer la menace de fermer le détroit d’Ormuz. […] Vais chercher les gamins à l’école. Retour par la navette, désagréable. La voix de Diane et du type derrière. Descendons à Kiseleff, leur paie une glace. E. nous rejoint. […] Le retour de Stirbei Voda, pénible. Les enfants n’en font qu’à leur tête, S. traîne les pieds et nous loupons le bus. Attente interminable du suivant qui ne passera jamais, finirons en tram pour toucher le terminus des bus du nord, à Bessarab. Là, comme une apparition, une équipe d’athlètes kényans : des grands et des beaux, leurs pimpantes petites amies, attendant le 282 au milieu des putes et des clampins aux yeux écarquillés. Un Gitan un peu saoul les alpague, leur donne son instagram – que les Noirs consultent poliment. Jouent au catchball (?), dit leur polo. A la maison à 19h30, les petits fourbus, interdits de se toucher la bouche parce qu’ils ont cueilli du laurier-rose. Les lave à la casserole sans chichi. Pâtes, jambon. Elsa repasse les blouses roumaines pour demain. »
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