Journal d'Anton B.

Dimanche 22 juin 2025, 23h02

Points de bascule. Extrait du Journal au 22 juin 2025:

« La nuit dernière bombardements américains sur l’Iran : partis de Guam, des B-2 emportant chacun deux bombes pénétrantes de 13 tonnes. […] Expédie les sordida sur le serveur – dans la cuisine, le bureau ne doit pas être souillé. A 13h30 jette un œil sur le cadavre qui traverse la cour de l’hôpital : 7 porteurs cette fois, dont le grand chauve costaud qu’on ne mobilise pas souvent. A peine le macchab descendu au frigo qu’on arrache son masque, son bonnet, qu’on roule sa blouse en plastique, aussitôt fourrés dans l’effrayant sac jaune. Visages souriants – vrai qu’il fait beau. On laisse ouvert, pour aérer. Garot-time. […] Au déjeuner, S. annonce : elle a un amoureux mais elle ne sait pas comme il s’appelle. Je l’interroge un peu. Elle ne sait pas non plus de quoi il a l’air, en fait elle n’a fait qu’en entendre parler. J’allais la travailler davantage mais sa mère me fait les gros yeux. […] Visitons des appartements : le premier, à Dorobanti, dans une barre, plus petit et plus cher que le nôtre, encombré de gros meubles vides. Le propriétaire habite en Belgique, il rentre chez lui tous les week-end, sa fille est au lycée français. Retraversons le paisible quartier diplomatique : le Chili, les Pays-Bas, le Portugal, la Syrie – le drapeau est tout neuf mais le blason sur la plaque affiche encore les couleurs baasistes. Rue de Prague – le nom du groupe de Mathieu, à la fac, mais ne l’ai pas revu depuis le mariage de Mathilde, et Mathilde non plus, d’ailleurs, ou si peu. Une citronnade rue de Tirana. Découvre, sur une placette, un buste de Napoléon III, grand ami des Roumains ; en touche deux mots aux enfants sur qui le grand nom fait toujours son effet. J. aussitôt de l’intégrer à son monde merveilleux : Napoléon est un ninja mais pas un ninja kid ; il règne sur des pokémons qui, eux aussi, sont des ninjas mais immortels. Les deux bavardent ainsi sans s’arrêter, s’échangeant des secrets, des sorts ; épuisent leur mère surtout, qu’ils prennent pour arbitre de leurs disputes – mon opinion à moi visiblement les indiffère. […] Dans la ville, toujours sur le trottoir de l’ombre. Un livreur en scooter s’arrête pour ramasser et déposer délicatement dans l’herbe un pigeon mort. Sur la place V., toujours des groupes folkloriques. Un deuxième appartement, charmant, près de la gare du Nord : une mansarde dans une villa de 1925, pour laquelle je signerais de suite si cela n’ajoutait pas vingt minutes de trajet matin et soir aux enfants. E. épuisée par ces marches et contre-marches. Fais cuire des pâtes à la va-vite ; douche les enfants à la casserole puis Asterix, Le Grand Fossé. »

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