Journal d'Anton B.

Samedi 21 juin 2025, 22h33

Points de bascule. Extrait du Journal au 21 juin 2025:

« Le proprio passe hier soir, tard, pour examiner la Beko, dont n’ai pu rien tirer moi-même. L’air sincèrement désolé, je le crois. Avant de s’en aller, bref échange : il augmentera le loyer de 100 euros l’an prochain. Il m’avait plus ou moins averti en signant, en août. C’est un homme timide, peu à l’aise en anglais, qui se force pour vous soutenir le regard ; on comprend qu’il a redouté ce moment, que sa femme derrière, qu’il y allait à reculons. La porte se referme. Vais pour prévenir E. mais elle dort déjà. Il faudra donc, avant dix jours, rendre Veiller sur la maison, évacuer les sordida de juin – on m’en a donné 35, et louer un nouvel appartement. La réalité me pousse dans le dos. Sors, sur un coup de tête, pour avancer mon texte dans la petite salle du Londo, que trouve aussi vite que pensais. La table d’à côté commence une partie d’échecs mais ils ont interverti les fous et les cavaliers ; les corrige. […] Déjeuné avec Sonja et ses parents – sa mère juive lettone, son père russe, de Novossibirsk. Nous entendons mieux que prévu, plaisantons longtemps ; et c’est en catastrophe qu’E. doit partir, avec E., pour assister à la pièce où sa maîtresse joue. Retiens cette anecdote : leur aînée étudie aux Pays-Bas. Pour lui amener ses affaires ils sont passés par la route : elle élève une grenouille dans un bocal. Je ne comprends pas. La petite, m’expliquent-ils, dans l’avion pressurisé aurait explosé. […] La voix de Marine au téléphone. Elle me remplacera le 3, à Paris. Jeu pas déplaisant. […] Défilent, sur l’avenue fermée, des groupes folkloriques en costume, dont les minorités : grecque, russe, slovaque, ukrainienne, polonaise, allemande etc. La foule ralentit, s’enthousiasme. Deux Français devant nous. Grosses montres, ray-bans, parlent fort et pointent du doigt. Le plus petit a repéré une fille sur internet, égérie d’un groupe néo-fasciste assez connu : ‘Et en plus elle est droitarde, quoi, des vraies valeurs !’ Mais voilà qu’une autre traverse devant nous, sans soutien-gorge : ‘Regarde, là, y a tout qui bouge’. Voudrais rentrer dans le sol. […] Défile les annonces immobilières c’est-à-dire les destins possibles. Vivre dans un lieu qu’on aime nous ferait rester longtemps dans ce pays. Suis sans illusion. La nuit du solstice et suis là, dans cette cage à lapin, merdiquement, à fomenter en imagination des attentats dans les métros bondés, à sentir ma haine précipiter en calculs rénaux. A quoi ça se joue. »

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