Journal d'Anton B.

Mercredi 18 juin 2025, dans la nuit

Points de bascule. Extrait du Journal au 18 juin 2025:

« Rêve : ma sœur m’accueille à Istanbul. Elle vit à Toulouse, en réalité, et ne suis pas capable d’identifier ce qui justifie ce déplacement – mais si, le suis, c’est Aurélie qui s’y rend demain pour trois jours, qui m’en parlait. La figure de ma sœur, de toute façon, ne tient pas longtemps, vite remplacée par une petite femme qui doit être Appoline Vital-D., ou Diane L. bizarrement réduite, dans une robe à fleurs. Les problèmes commencent dès l’aéroport : il faut acheter une carte, c’est 3 lires. A combien la lire, je demande ? – C’est trois francs. Le plan affiché sur le mur hésite entre le grec, soigneux, en capitale scolaire, et l’arabe illisible, celui qui remplit les bulles des Bédouins dans les albums de Tintin. L’Egypte (Masr) fait l’objet d’un peu plus de soin mais à peine reconnaissable. En sortant traversons des grands cinémas vides qu’on m’assure être de populaires clubs de jazz. Un portique très étroit, une fente matricielle levrée de caoutchoucs coupants, dont je me demande comment Laurane, enceinte, la pourra franchir sans dommage. […] Pas d’eau chaude pendant quinze jours ; sera rétablie épisodiquement, E. croit comprendre. Robinet à gauche, un filet sort jusqu’à 7h du matin, pas assez longtemps pour voir s’il chauffe. Après, c’est soi-même, sur le gaz. Profite des marmites tièdes pour dégraisser la vaisselle, puis me les verse sur le dos. D’où légère modification de mon odeur corporelle : par exemple ce matin domine le blanc d’œuf (le fréchin de la mère de Claire), que corrige légèrement l’amidon des raviolis. […] En vélo. Canicule. Un cantonnier hagard, à l’ombre, entre les jambes une cannette de Kozel – mais son sourire. […] On m’attrape dans un couloir : l’évacuation des services en Israël me vaudra, les prochains jours, un surcroît de travail. Puis cette proposition, étrange : si j’acceptais, un coup de fil et on n’en parlerait plus. Comprends mal quel échange de service se joue là, peut-être veut-on seulement faire étalage de son pouvoir, peut-être simplement m’aider mais à quel titre ? Botte en touche. Verrons. […] Elsa fatiguée. Son regard part loin, ne me calcule plus. Quel visage : l’outil, pour le dégager du bois dur, n’a frappé que de haut en bas. Seul le regard s’enfonce – l’âge, chez elle, a très tôt commencé. […] La soirée au cinéma : la dernière de Sylvain, qui présente La Nuit du Chasseur. Julien a choisi Vertigo, que n’avais jamais vu. Me souviens, peu à peu, que le groupe de Philippe, qui jouait aux échecs avec moi à Noisy-le-Roi, s’appelait Carlotta Valdès – je comprendrais plus tard, qu’il disait. A la maison à une heure du matin. »

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