Journal d'Anton B.

Mardi 17 juin 2025, 22h52

Points de bascule. Extrait du Journal au 17 juin 2025:

« La matinée à mon bureau, à lire et relire mes Atrides sans encore oser y porter la lime. Vais boire un verre pour midi, rue Grivita. Grand soleil. La morgue de S. Maria grand ouverte, pour sécher. Des Gitans hors d’âge badigeonnent de graisse le grillage défoncé du vieil hôpital, qu’on a abandonné après le séisme de 1977. Un centaure les surveille – les garde, impression que. […] Le bistrot ouvre à peine, la serveuse me laisse m’installer. Discutons. Une bière mais n’ai pas faim. Rentre en vélo jusqu’à Anna-de-N., où dois donner une heure à 14h30. Aviatorilor puis Charles-de-Gaulle puis Dorobanti, où vais jamais. Passe devant l’ambassade de Corée du Nord, m’arrête ostensiblement, pour voir si réaction mais aucune. Les trottoirs déserts, la canicule. Un moment plus tard il faut porter le biclou, enjamber les rails ; mais un train sirène quelque, Dieu sait si à droite ou à gauche, et je traverse avec le cœur qui bat. […] Pensé à Nicoletta Bianchi. […] Sur le bord de la DN1 un post-it retombe, envolé d’une voiture : Popescu 07 279 428 46. Des chiffres la profération silencieuse. Commencer une collection. […] Un camion qui emporte des voitures neuves mais la sangle a lâché, il s’arrête contre la rambarde. Je passe. Les jolies autos couvertes de feuilles de chêne fraîches, arrachées d’où. Il redémarre et après deux cents mètres se fait de nouveau dépasser : l’alarme d’une de ses Jaguar s’est déclenchée. […] Dans les chiottes Homme du premier quelqu’un a épluché de l’ail. […] Sur mon front trempé de sueur, l’impact de deux papillons blancs qui s’entre-poursuivaient. […] Une affiche claironne pour le 24 la Journée Internationale de la Blouse roumaine. […] Goûtons, au retour, au bord du lac. Croisons Sylvain, qui rentre à pied. S. renâcle pour les devoirs, il faut hausser le ton, ce qui est rare. J. arrache les herbes. Trouvé une mue, la même que vendredi, laferai sécher. Des jeunes femmes passent, en tenue d’été, attirent le regard mais pas les joggeuses dont la nudité étudiée, au centimètre, ne suscitera jamais d’autre désir que celui de les exposer sur une table anatomique, nues et bleues, sentant encore le fréon. […] Long appel, au soir, à Florian Merle, qui a pris sur lui d’accompagner Danila. Pas une mince affaire. Le brave garçon se débat avec ses démons, s’accouche lui-même et dans la douleur. Le cœur serré. »

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