
Points de bascule. Extrait du Journal au 16 juin 2025:
« Dans la nuit du 14 au 15 une lombalgie spectaculaire. Depuis, rien n’y fait. La chemise graissée au voltarène. Ne peux dormir que de côté. […] S. a rêvé de Mamina, elle la guidait dans une maison inconnue, la maison faisait un peu peur mais la petite fille ne lâchait pas la main – tout cela sans qu’on sache qui guide qui. […] Emmené les enfants en vélo. Les travaux sur la DN1 imposent un détour, à l’aller maintenant, par l’ambassade américaine mais la route est mauvaise, ne fais pas attention : un trou me désaxe la roue arrière, faut s’arrêter pour démonter. Les dépose sur le fil, en nage. […] Donné une heure ce matin. Le reste de la journée sur une table, sous les arbres, occupé aux menus travaux d’esprit qui m’ont parfois, presque par accident, donné l’impression de vivre : reprends ma Françoise où trouve deux coquilles, extrait Guillevic puis Stanescu puis Jaccottet, prépare la tantième reprise des Atrides qui, je lis entre les lignes, emmerdent tout le monde, à Paris. La réunion de 14h annulée. Reçu mail des Arènes depuis trois jours déjà mais ne peux m’occuper de Timothée tant que mes affaires à moi ne seront pas en ordre. […] Sur le kiosque à café la photocopie d’un papier officiel : autorisation leur est donnée de pratiquer des marges entre 0 et 300%. […] Je discute avec les acteurs de mon Odyssée quand Sylvain pousse la porte : E. a appelé, un pépin sur la DN1. Mon sang ne fait qu’un tour, la rappelle de suite avec le tél de S. : rien de grave. Le pot d’échappement s’est dessoudé sur la route, près de la grande fontaine mais elle a pu s’échouer dans la contre-allée du chantier. Elle est en sécurité, les enfants itou. Les ouvriers la voyant en détresse l’ont aimablement dépannée, rassurée. Me laisse les clefs dans la roue avant-droite, rentre en bus. Atteins la 106 trente minutes plus tard, en vélo ; la bricole longtemps, en nage, dans la poussière, trop gros et les bras trop courts pour rattacher vraiment le tuyau rouillé mais assez pour rouler jusqu’au garage. Par bonheur c’est à deux pas. Le rideau est baissé, je pousse jusque chez les Serbes, où laisserai l’auto. Le vigile m’arrête : Catalin est à l’intérieur, sa trottinette l’attend devant. Me présente dans le célèbre QG de la mafia locale en piteux état, le maître d’hôtel sur la défensive, les sbires soudain très attentifs ; mais Catalin m’aperçoit, interrompt son borsch. Fume une Kent, qui m’écœure. Examinons la voiture : »Oh, fuck… » La lui laisse. Me rappellera. […] Le prospectus, vendredi dernier, traîne sur la table, au Londo : une causerie sur l’Europe à la veille de la guerre. Me faut un peu de temps pour comprendre qu’il ne s’agit pas des années 30 mais d’aujourd’hui. Événement très largement en français, dont les sponsors sont comme des appels du pied : Arte, Ouest-France, Sciences Po Rennes et l’université de Reims Champagne-Ardennes. […] Au retour trouve les petits surexcités : les costumes traditionnels roumains sont arrivés, du beau travail. Une carte postale. Mais E., trouvant qu’on lui voit trop les jambes, changera malgré les protestations de la salle pour un modèle plus long – elle n’a plus quinze ans, insiste-t-elle. »
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