
Points de bascule. Extrait du Journal au 15 juin 2025:
« La soirée sur la terrasse de Yohann, à deux pas de la calea V. Surpris d’y retrouver Grégory, Sarah et quelques-uns du Londo – il ne déplaît pas à Y., semble-t-il, de s’entourer de la bohème bucarestoise, les bérets et les kimonos, qu’il fréquente dans les vernissages. Beaucoup, également, du lycée français, qui imposent la langue de la soirée. Des cercles se superposent qu’on n’aurait pas cru. La présence d’Elsa, rarissime après 21h, place l’instant sous le sceau de l’exceptionnel – pas un qui ne lui fera la remarque – mais elle vide discrètement son verre dans le mien, finit au jus de pomme. Y. a fait toute sa carrière à l’étranger, douze ans qu’il habite là, avant c’était Bruxelles ; depuis quarante ans, chaque été, il donne des leçons de tennis en Nouvelle-Angleterre, dans une fac prestigieuse dont il tait le nom. Dans l’appartement, partout, des raquettes, des affiches de championnat. La voix de Fabiola, le note en passant, est exactement celle de Marie-Laure, ma tante. Reste dans mon coin avec les Bretonnet, Julien d’abord puis Tinca, d’excellente humeur. A la maison à minuit pour délivrer Feryel, qui somnolait dans mon fauteuil et nous raconte : la voisine est passée pour offrir une part de cheese-cake. Précise ici, puisque tout s’oublie, la trajectoire de Feryel, la fille de C. : née en Guyane puis, à huit ans, Nouméa puis de nouveau la Guyane puis Bucarest, qu’elle s’apprête à quitter, bac en poche, pour Bordeaux. Père kabyle, prénom persan. Dégourdie. […] Repense à cette femme, jeudi, dont le regard s’est arrêté sur moi au Londo, et qui a soutenu le mien. Évident que je la connais mais d’où ? Première hypothèse : Juliette, du Caire, qui aurait fortement maigri – malade ? Seconde : la sœur de Cathy, ma marraine mais nous ne nous sommes croisés que quelques fois. […] Envoyé le texte à Christophe. […] Message de Riga : la collègue, que je ne connais pas, rencontre des difficultés. Proposition nous serait faite de revenir. Idiot dit comme ça mais nous en parlons longuement, sur un banc du parc, avec E. […] Un dégât des eaux à Parmain, les devis s’accumulent mais pas un sous la barre des sept mille. E. au désespoir se jette à corps perdu dans les tâches ménagères, prépare des yaourts, de la compote, le spectacle de la petite etc. »
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