Journal d'Anton B.

Vendredi 13 juin 2025, 20h54

Points de bascule. Extrait du Journal au 13 juin 2025:

« La matinée sur mon texte pour Non Conforme : une vie de Françoise Villain-R., avec les altérations d’usage. Coule deux cafés mais ne mangerai pas. Ne suis pas même certain qu’elle soit morte. Ce sera pour le numéro 3, en novembre. […] Attaque surprise, cette nuit, d’Israël en Iran : frappe massive, deux cents avions. […] Une mue, cette fois, d’un scarabée énorme, sur un arbre. Les enfants plus inquiets que curieux. La conserverai dans une bouteille, pour leur édification. […] Journée crépusculaire. Adieux des uns et des autres : le néant les reprend, claquement de mâchoires, j’essaie de retenir leur visage puisque leur nom, ça, aucun espoir. La lettre de Pascal M., bouleversante. […] Rentrons en vélo, lentement – E. à bout de force. Dînons dans le parc, à un stand. Le ciel s’est couvert, les premières gouttes. Les gens commandent de grands verres de Spritz. Gravier blanc sous les chênes, comme si le soleil sortait par le sol, la nuit des frondaisons : instant letton. Le drapeau européen en berne, S. demande pourquoi mais suis incapable de lui répondre : trop de malheurs, partout. […] Un vieux Gitan, dans la contre-allée du grand Carrefour, coupe des herbes, les rassemble en bottes, lentement et méticuleusement – les deux économies se font face, l’une de la vitesse et du profit, des grandes réclames lumineuses, l’autre de la survie dans le temps, de l’obstination dans l’obscur, du vrai nom des choses et de leur vrai usage. […] Bilan, au soir, de la journée des petits. Aurèle, le copain de J., ne recule devant rien: il a déjà vu la foudre tomber mais sa maison est entourée d’un bouclier invisible, il a un ami qui est mort en vrai (un Tom?) en mangeant de l’électricité, il connaît le secret de Pikachu (des éclairs de feu). S., elle, nous offre une tasse, une autre tasse et une soucoupe qu’elle a peintes en classe. […] Sébastien Pellé. […] Un tag dans la descente de Baneasa : REUS. Madame X., un peu vite, effrayée surtout d’être prise à ne pas savoir : C’est roi en roumain. Elle n’en sait rien, naturellement (regele). Davantage me plais d’imaginer un adjectif latin grossier, tardif, dérivé de res : choseux. Plus loin, le peintre habituel ; mais la saison est dure, le soleil tape, il s’est allongé de tout son long sur le trottoir, les passants doivent l’enjamber. Plus loin encore, le long de la DN1, une tour d’ordinateur éclatée, dispersée sur cent mètres. […] La semprevive. L’oidium. […] La belle-famille vend les Roches. Le prix trois fois ce qu’imaginais. De toute façon cela s’est fait sans nous. Peut-être mieux ainsi. »

Laisser un commentaire