Journal d'Anton B.

Mardi 10 juin 2025, 22h56.

Points de bascule. Extrait du Journal au 10 juin 2025:

« Accueillons Sonja, une ancienne élève d’E., qui nous vient de Riga pour son stage. Elle apporte des lettres dont une, de Mathieu, que je me sens spécialement destinée : il a perdu sa mère il y a deux mois, il souffre de ne pas m’avoir eu à ses côtés. N’en savais rien. Putain de merde. […]  »Un matos de ouf : des tablettes, des chaises qui roulent, des tables qui roulent aussi. » […] Léger décalage ce matin : pas les mêmes passants, pas les mêmes voitures, le bouchon pas au même endroit. On a renouvelé le casting de mon Truman-Show, ou subtilement modifié les rotations. Un camion-benne. L’attaché militaire canadien, L., avec ses deux fils – ignorais jusque là que nous étions voisins. Une jolie femme que j’aurais dû remarquer. Les flics pas là au carrefour. Puis la petite blonde, les flics se garent, les deux M. en retard : la vie retrouve ses rails. […] Pertinence. Un nom d’usurpateur romain. […] Emma D. a tué son jumeau dans le ventre de leur mère, en l’étranglant avec son cordon. Me raconte ça sur un coin de table, en riant. Plus tard, c’est Manon, elle a changé le pseudonyme qu’elle utiliserait dans le porno : plus Manon des Sources mais Vulverine. […]  »Je sais ce que c’est qu’une écluse. Moi, j’ai habité à côté d’une écluse. » […] Rentré en vélo, les enfants qui piaillent. Les laisse s’exciter sur la pelouse, observons l’écureuil dans le chêne puis le type d’en face, un clochard élégant qui a posé sa pomme, son journal et dessine. M’endors sur le banc ; ce sont eux, une demi-heure plus tard, qui me tirent le bras pour rentrer. Elsa, pour dîner, a préparé une salade de fruits avec de la menthe bulgare, du balcon ; moi des steaks gras, des courgettes aqueuses, que personne ne finit. Au soir, le moral bas : devant moi l’horizon triste, les menues tâches, le vide et le néant. Reçu des mails désespérants mais ceux qui les signent seraient bien incapables de comprendre ce qui désespère chez eux ; voudrais qu’ils m’agressent franchement mais on s’en garde bien. N’y réponds pas. J’aurais voulu du beau, du grand. Reste si peu de temps. Esquisse devant E. en quelques traits ma vie telle qu’elle devrait être, un grand Bégo dans le brouillard doré et elle, pleine d’espoir :  »On la bâtira. » Trois mots mais soudain, pour quelques secondes, une bouffée irrationnelle, une joie du dedans. Me couche avec. »

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