
Points de bascule. Extrait du Journal au 9 juin 2025:
« Des événements de la veille, qui me précipitent pourtant, de nouveau, dans des mois et des mois d’incertitude, rien ne me revient qu’une phrase malheureuse, en roumain laborieux, dans la conversation que j’avais à la table des Grandes Personnes : »La nuit, j’aime rencontré des hommes dans les rues. » Un silence dans le jardin de Tunari, tous les regards levés sur ce diable de Français avec sa chemise élimée, ses Kent mouillées de transpiration et son exemplaire de l‘Archipel du goulag sur les genoux. […] Réponse de Maud. Une fenêtre s’ouvre entre le 16 et , disons, le 1er juillet. M’y consacrerai jusqu’à la folie – ce sont d’ailleurs les mails d’un fou que M.S. reçoit, là-bas, à Paris. […] Canicule puis à 15h le ciel éclate. Les petits ont peur, ils appellent dans leur chambre. Internet saute. Le téléphone, un peu retard cette fois, émet le signal d’alerte, la carte des abris. Mais dans l’Apocalypse l’éros toujours: une jeune femme trempée, transparente, traverse en sautillant la cour de l’hôpital. Sortirons vers 16h pour évaluer les dégâts. Un arbre est tombé sur le vélo d’E., sans l’abîmer. Ramasse, dans une flaque de boue, une carte de transport et un ticket de métro, 10 voyages, que ferai sécher si jamais. […] Première fois de ma vie qu’habite sans une pièce qui me soit réservée : sans bureau, ni la table des dictionnaires etc. Cette économie qui m’amusait en août, désormais intolérable. Tourne en rond sans rien faire, à m’agacer de riens, ma vie en tous points égale à ceux que je méprise. Le sol se couvre de vieilles fringues, de pages de Mickey, je ne ramasse plus rien. Les jours se perdent comme s’il en restait des millions. Ce Journal-même, sans plus rien à saisir, sans raison d’être. […] La soirée avec Julien B. au Londo. La serveuse, nouvelle, nous laisse sur la terrasse malgré le couvre-feu. Ne peux rien écrire ici de ce qui s’est dit, le regrette : un homme fascinant, sans cesse échappant aux catégories où on voudrait l’enfermer. Il a apporté une petite McLaren, pour J. A la maison à minuit. »
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