
Points de bascule. Extrait du Journal au 8 juin 2025:
« A la librairie sous la canicule du samedi après-midi. Rencontrons la Gay Pride, dont les drapeaux ont passablement évolué et ressemblent, à trop solliciter la vexillologie, à ceux des communautés autochtones du Grand Nord, qu’une pure convention sociale oblige à pavoiser au conseil des tribus. Par une convergence des luttes que les lycéens de 2050 peineront à expliquer, l’emblème des transgenre est brandi avec l’étendard palestinien, celui du roi Michel avec le bannière anarchiste. L’ambiance bon enfant, assez peu de monde, deux camions seulement et moins tonitruant que mon souvenir parisien. Un touriste yéménite, en costume de là-bas, se fraie un chemin dans le foule, filme tout, éberlué. Dans un coin, bloqués par les gendarmes, une poignée de pas-contents lèvent des icônes en psalmodiant pour couvrir les boum-boum. Une vieille avec un haut-parleur traite cette jeunesse qui passe de satanistes, de pédophiles, de pro-Nicusor. A la librairie, personne. Dans dix minutes un auteur de bd présentera son travail mais les chaises sont vides, le type fait les cent pas, la fille fait comme elle peut. Ne peux rester, malheureusement, et m’en sens aussitôt coupable. […] E. fait les comptes : on ne s’y retrouve pas. Partirons l’année prochaine – comment envisager alors de quitter cette cage à lapin au dessus d’un feu rouge. L’à-quoi-bon l’emporte. Le reste de la journée gâché. Le corps aussitôt de réagir : les doigts gonflent, les articulations se grippent. […] Réponse de Maud, attentive surtout à ne pas me décourager. On a débattu de mon cas mardi. Mail à Anne de C. qui n’a rien à voir avec mes emmerdes, que je regrette aussitôt mais trop tard. Sors pour me calmer mais pas un endroit dans cette putain de ville où prendre un café avec soi-même : partout la même soupe tonitruante, les serveuses hostiles, qui renâclent ostensiblement – la langue ose hostensiblement. Derrière moi l’éternelle tablée de Franzaouis, des vieux cette fois, qui discutent le transfert de machines-outils mais on les a avertis, elles risquent de ne pas s’adapter, au prix qu’on leur fait quel scandale. Sur le mur d’en face, près du buste d’Emmanuel de Martonne, le portrait de Gisèle Pélicot. […] Daniel marié. Bervas papa d’une petite Stefanija. […] Le reste de la journée, seul avec J., dans une villa de Tunari où les parents de la petite Emma reçoivent pour ses quatre ans. Château gonflable, acteurs en costume, pinata. J. timide d’abord puis se déride. Les femmes sur leur trente-et-un, le portable palmaire, calculant leurs angles. Je reste à la table des grands, entre un avocat et le propriétaire d’un fitness, la 106 échouée au milieu des Tesla – Small cars for big minds, aventure l’hôte, qui me sent peu à mon aise et cherche le bon mot. »
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