Journal d'Anton B.

Jeudi 5 juin 2025, 22h49

Points de bascule. Extrait du Journal au 5 juin 2025:

« La journée à courir. Elsa s’est démenée pour que les gens concernés se croisent à la bonne heure au bon endroit, c’est tresser le fil des destins ; à moi de me montrer à la hauteur des événements – événements dont on peut bien débattre de l’importance mais j’ai décidé, un peu dans mon coin, qu’ils le seraient : des exceptions à ma règle d’indifférence. Le TSFDT rentrera en vigueur, après cette brève incartade, demain soir. […] Pour ma sœur, ce sera un garçon. […]  »T’inquiète, tiens le coup, c’est la phase difficile. C’est quand ton cours de yoga ? » […] Teodora C. commençait son explication quand, sans mail préalable, l’alarme intrusion, du sérieux. La classe de seconde, qui bavardait distraitement, aussitôt silencieuse, grave ; rampent sous les tables puis vers le réduit où on range les guitares. Ils s’y tasseront vingt minutes durant, parfaitement silencieux, peu convaincus, ils ne s’en cachent pas, en l’efficacité du professeur de Lettres pour les défendre d’un prochain Colombine. J’ai empilé, pourtant, des tables derrière la porte, dévissé le siège du tabouret, tout ce que j’ai trouvé comme arme. Quelqu’un vient vérifier les portes, plusieurs fois. Mes enfants à moi sont en visite à la ferme, loin d’ici : c’est l’idée qui s’impose sur toutes les autres. La deuxième idée c’est la pauvreté de ce que je laisse au tableau – énigmatique, La croûte ou la mie – et de ce qu’on me retrouvera dans les poches : le badge de ma femme, une carte de bus passée deux fois à la machine, trois pièces de cinquante et celle de 5 francs Pacifique qui me sert à tirer au sort. Mais déjà le signal de fin d’alerte ; n’ouvre pas tout de suite, pris d’un doute. Quand j’ose enfin passer la tête, d’autres têtes, d’une porte à l’autre, qui se font des signes. La vie reprend. Bien plus plus tard, voyons surgir Mme P. d’une salle du fond, avec toute sa classe : elle n’a pas entendu sonner la détente ou elle a cru à un piège, on ne sait. Une heure qu’ils font le mort dans le réduit. […] Visite un appartement à la hauteur du rond-point de Baneasa, Elsa le trouve lumineux mais c’est moi, cette fois, qui refuse. La fille est un agent free-lance, elle s’est mise sur son trente-et-un, trouve tout extraordinaire. La paie de formules vagues – dans quelque langue que ce soit il est inutile d’essayer de faire comprendre à un agent immobilier ce qui peut bien vous faire vivre ici et non là. Dans la rue une BMW immatriculée dans le 34. […] Discutons histoire de l’art avec J., il veut devenir peintre plus tard mais je trouve étrange la représentation qu’il se fait de Picasso : il y a un gentil Picasso, un méchant, ils se lancent des éclairs, c’est très dangereux. C’est qu’il confond, finis par comprendre, le génie du XX ème siècle avec un pokémon non moins célèbre dont le nom, c’est vrai, sonne presque pareil. »

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