Journal d'Anton B.

Mardi 3 juin 2025, 23h08

Points de bascule. Extrait du Journal au 3 juin 2025:

« A 21h crise de panique. N’y comprends plus rien. E., courageusement, essaie de s’y retrouver dans mes affaires, de répondre aux uns et aux autres. Elle y consacrera sa soirée, en signant de mon nom. […] Sur mon pare-brise ce matin une publicité pour un appartement de ceux que je cherche depuis deux jours : la bonne taille, le bon prix, un bloc de 1984 certes mais on n’est pas tombé loin. Les autres autos n’ont rien reçu. Jusqu’où va l’exploitation des métadonnées ? […] La journée en répétition. Rien n’est prêt, sue à grosses gouttes. La régie, dès dix heures, sent le fil de cuivre chaud – les plombs sauteront plusieurs fois mais c’est, me rassure-t-on, un défaut dans le mécanisme du rideau. Envie d’alcool, de tabac, de chocolat, de café ; or n’ai rien de tout ça. Un acteur, toujours le même, me fait le petit numéro qu’il n’est pas sûr, des obligations ailleurs, qu’il faut voir ; le dois recadrer fermement et suis tout étonné de trouver ma bouche un bullshit qu’un vague souvenir associe à ce genre de situation avec ce genre de gens. Vers 15h, d’agacement je jette une table dans la bouche d’aération, dont les lamelles éclatent ; une demi-heure plus tard, au moment de fermer, un gobelet sur un type. […] Rentrons en voiture, S. et moi, sous la canicule ; ramassons les Brilhaut, par hasard, sur la route du petit bois d’où les moustiques les ont chassés. La causette, Elizabeth m’écoute avec politesse, répond comme doit mais épuisée, les paupières lui tombent. S., derrière, pour justifier l’état de la voiture aux enfants : Mon Papa il n’aime pas les choses chics. Une heure pour les déposer chez eux à Floreasca, une autre pour franchir les trois kilomètres qui nous séparent de Banu Manta – mes tentatives par la rue du Brésil n’ont fait que rallonger inutilement. A la maison, personne, mais un mot : J. se plaint de douleurs au ventre, Elsa l’a emmené chez Briot, à l’ambassade. J’annule la visite de l’appartement, à 19h, avons déjà trente minutes de retard ; la nana me raccroche au nez. Jette des courgettes dans une poêle. Vers 19h30 E. rentre avec le garçonnet tout pâle, tout triste, qui se couche aussitôt sans dîner. Sommes inquiets. Briot a prescrit des antispasmodiques et une échographie demain, si jamais la nuit. On m’envoie à la pharmacie de Floreasca, la seule pour les antispasmodiques ; mais elle ferme dans pas longtemps, je pédale en fendant la foule, retrouve les rues où j’errai, il y a quelques heures, dans ma Peugeot en surchauffe. Arrive sur le fil. La pharmacienne m’explique, en français, la posologie – son sourire me rassure un peu. A mon retour E. s’est effondrée. Prends mon quart, me dédis auprès des amitiés nocturnes. »

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