Journal d'Anton B.

Lundi 2 juin 2025, 19h41

Points de bascule. Extrait du Journal au 2 juin 2025:

« L’eau chaude toujours coupée ; posons des casseroles sur le gaz pour les pieds-tendres que sommes. J. ne touche pas à son petit-déjeuner, se contente du jus de pomme, mauvais signe. Dans la voiture il se plaint. La radio passe un tube d‘Apocalyptica, que j’écoutais beaucoup en Seconde. A peine me suis-je arrêté sur le parking que le petit garçon rend sur les graviers le contenu de son estomac. Décidons, au débotté, qu’Elsa restera au lycée avec la grande, qu’elle assurera la répétition de ce soir, où suis fiévreusement attendu. Je reprends la route en sens inverse, J. à l’arrière visiblement épuisé. Le bouchon titanesque, l’heure la pire. Me fraye péniblement un chemin jusqu’à l’immeuble. Alors, cette scène : une dame qui achetait des gâteaux à la pâtisserie me fait de grands signes et, avisant la plaque française, m’embrouille sans cacher son mépris. Je réponds avec une courtoisie charmante, ce qui ne la désarme pas –  »C’est toi qui va avoir des problèmes ! » Des curieux se sont tournés, ça tend l’oreille. Elle met des coups de sac à main dans la voiture. Et moi, bonne poire, un peu limité surtout par le roumain, dont je n’ai jamais appris que les usages les plus cordiaux :  »Je peux vous aider, madame ? » […] 500ème page de ce Journal. […] J., à qui je lis une plaque dans la rue, demande ce qu’est un philosophe. Je réponds : Quelqu’un qui cherche la vérité. Lui : Ah, donc je suis philosophe, moi. […] Cette affaire d’appartement me poursuit toute la journée. Internet pendant des heures mais sans rien donner que le triste destin en bloc réhabilité, la clim à fond, deux chiottes sait-on jamais, qui me fait dépérir ici et qui, assez vite, nous fera quitter le pays bêtement. C’est sans avoir rien trouvé que vais chercher S. chez Élisabeth, qui a eu la gentillesse de la ramener avec ses enfants, dans la navette. S. me fait goûter, sur un arbre, des ‘mûres domestiques’, sorte de mûres blanches, rien de connu,  »Les Roumains ne les mangent pas mais nous les Français si », qu’avant de porter le petit fruit à ma bouche je lui pose cent fois la question ; mais J. sur mes épaules, pas complètement remis, n’y a pas droit. Un verre en terrasse pour les réconforter. Passons, sur le retour, devant la résidence de l’ambassadeur d’Irlande. Ma mère au téléphone. Mathieu D. opéré du cœur à Pompidou ; ma grand-mère de l’œil. Ma sœur, avec ses danseuses, a remporté un premier prix national de chorégraphie – sur la vidéo la foule l’acclame, son ventre maintenant franchement arrondi, les petites ont les yeux qui brillent. »

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