
Points de bascule. Extrait du Journal au 1er juin 2025:
« Au téléphone, hier soir, avec Marine, à Quiberon, dont j’ai lu le manuscrit la semaine dernière. Les gens descendent promener leur chien – à minuit pile, c’est la limite, comprend-on, qu’ils se sont fixée ; jettent des coups d’œil obliques à l’hurluberlu qui fait les cent pas dans le square, le haut-parleur à fond et, pourtant, le téléphone collé à l’oreille. […] A dix heures au Tenderica une Petite Sirène très ingénieuse, que rythment de spectaculaires naufrages. Le vieux roi de la dernière fois joue désormais le prince naïf, la belle-mère une danseuse japonaise, le pope – la popesse – un banc de poissons-lune. La salle plus nerveuse que d’ordinaire, le type de la sécurité va et vient, gronde en vain les flashs indélicats, les sonneries, les retardataires. Déjeunons à l’italien d’en face, seuls dans la salle. J. qui se plaignait tout-à-coup n’a plus faim, il se réfugie dans les bras de sa mère, me tend son assiette à finir ; je le ramènerai, décidons, en bus pendant que les filles passent à la librairie. Sur l’étagère, entre le Martini et le Chivas, une bouteille de Courvoisier. Dans le bus du retour, aperçois Victor et sa femme descendant le boulevard depuis la P. Romana. Son visage à lui plus soucieux que d’ordinaire, ou bien c’est la lumière qui les enveloppe bizarrement. […] Visitons un appartement près du marché Domenii. C’est au premier étage d’une vieille maison, une jeune fille nous ouvre, derrière elle un mur de livres. Moins cher que le nôtre, mieux situé – deux grands balcons, un sous le magnolia. Suis charmé. Quartier de chèvrefeuilles, de seringas. Direct propriétaire, on pourrait signer cette semaine, emménager pendant le week-end de trois jours. Mais Elsa moins sensible que moi à ces pièces sombres encombrées de vieux meubles, elle me le dit plus fermement que d’ordinaire. Rentrons lentement, les enfants surexcités, moi broyant du noir. […] Devant l’ambassade de Libye le gardien a briqué la grosse berline CD, plantée d’un fanion neuf. […] Grégory au téléphone. Il interview demain E. Reinhardt pour l’Institut. […] Au moment qu’Elsa attirait mon attention sur le graffiti, un type met quatre coups de cutter et commence d’arracher la tête de Zlatan qui boursicote sur l’abri-bus avec je-ne-sais-quelle application. C’est un professionnel, comprend-on, il a rayé le plastique mais pas la vitre ; la prochaine pub, ce sera Carrefour. Quand du joueur suédois il ne reste que l’oreille gauche, le rire les prend, son collègue et lui – mais la femme qui les suit avec la caisse à roulettes non. »
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