
Points de bascule. Extrait du Journal au 26 mai 2025:
« Un type, hier, devant le musée Pallady, avec sa femme et ses enfants mais son portable sonne : Nous n’avons pas seulement des aaaaarmes / Mais le diable marche avec nous ! Un ancien légionnaire, on comprend, promène ainsi sa smalah dans les ruelles du vieux quartier mais n’ai pas osé le noter, hier, peu sûr moi-même de n’être pas victime d’une machination, d’un Truman Show dont, peu à peu, les scénaristes se seraient décalés dans le spectre du plausible. […] E. me tend le carton du livre qu’elle a sorti des modestes collections de l’Institut – Le Grand Solitaire, de Preda : premier emprunt en 2003, assez fidèlement pendant dix ans puis ça ralentit. Un creux dans les années 2010. La dernière fois en 2016. […] Les égouts remontent, l’air sent la pisse. Le parking, me dit-on, a sombré. La verrière du hall fuit ; les gardiens déposent de ridicules petits seaux d’enfant, en plastique rouge, remplis presque instantanément. Les gens s’y prennent les pieds, les renversent. On recommence. […] Le texte de Marine. […] La journée avec Liliana L. En sortons épuisés, nous trois, avec Sylvain. Une bière au Londo sous une pluie battante, sous la marquise, à peine si on s’entend. Liliana raconte sa Roumanie, que sous l’éclipse les gens s’habillaient en jaune, »Bonjour Camarade Professeur », qu’en 86, petite fille, elle reçut la pastille d’iode, porta le col roulé comme on les obligeait mais, imprudemment, mangea une cébette au jardin le lendemain d’une pluie pareille, la gorge s’enflamma bizarre. Elle ne se souviendra pas de nous mais nous d’elle. Parlons d’internet aussi ; c’est le dernier soir avant le versement des données Meta dans l’IA : le crépuscule de quelque chose et notre conversation, dans cette petite cour où l’eau monte, semble une scène de la Guerre du Feu : trois personnages attachés à perpétuer la braise sous le déluge, incertains de savoir la rallumer. A l’intérieur, un vieil homme fait en roumain une conférence sur les mythes : une »constellation sémantique ». […] Fermerai mon compte Instagram avant minuit. […] Entendu dans la salle du haut : »La preuve que le GIEC se plante, c’est qu’il pleut en mai. » […] Elsa a préparé de la purée de chou rave. L’effet n’est pas très gai. L’éponge avec du pain de mie. Dîner solitaire, 22h passé, comme souvent. »
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