Journal d'Anton B.

Samedi 24 mai 2025, 23h38

Points de bascule. Extrait du Journal au 24 mai 2025:

« Le conseil de jeudi, dont je feuillette le rapport, formule la proposition suivante: établir une Formation pour le français comme langue de cœur. […] De l’hôpital en face s’élève un cri de douleur. […] Sorti mais tard et brièvement : un orage extraordinaire s’est abattu sur la ville, les rues bientôt impraticables. Le bar est bondé, les gens s’y sont réfugiés ; toutes les peines du monde à me tirer une chaise. Aperçu Alexandra collée par un gros lourd mais elle me fait signe, en remuant les lèvres, de ne pas la saluer. Discute en arabe avec Samy, mon voisin : étudiant algérien de Constantine, il a abandonné l’université d’éducation physique, travaille désormais dans un centre d’appel. L’histoire ne m’est pas inconnue, je l’interroge : oui, c’est bien l’ami de M. Parlons des capacités de la THC qui ne m’ont jamais convaincu, moi ; mais lui tient pour certain que parfois, cognitivement, un démultiplicateur. Puis de Moustapha, ses chances de s’en sortir s’il vient, du salaire espérable – S. a livré des repas pendant trois ans, trois courses de l’heure à 13 lei la course puis 7 seulement, après l’arrivée des Chinois. Le ciel au dessus de nous violet, vineux à force, je dis, d’être traversé d’éclairs – un gaz polarisé ? ; mais une jeune femme me corrige : de l’autre côté des nuages, la pleine lune. […] Dehors à 7h pour surveiller la dissertation. Au parc K. un arbre abattu par la tempête, quand passe en vélo rien n’a encore été fait. Le banc brisé mais la fontaine intacte. Les passants s’arrêtent, à cette heure que des vieillards, que ces chutes-là laissent pensifs comme des enfants. […] Ouvre un nouveau carnet. […] Samy, hier : sa mère est d’Alqala, à la frontière tunisienne. C’est sans raison précise qu’il éprouve le besoin de m’en parler. A verser au registre des coïncidences. […] Ouvrant l’ordinateur de la XXX dont suis, d’ordinaire, le seul utilisateur, découvre un nom inconnu mais prometteur, que note ici : Cassandra Cosma. Pendant la nuit ? […] La pluie, toujours. A Kyralina pour 17h ; m’inquiétais que l’institution ne fût pas représentée mais j’y retrouve Sylvain, Agnès et Diane. Une heure durant Roxane interroge Liliana L. On mentionne Le Clezio et le souvenir me revient d’un vieillard perdu, croisé dans un couloir de la rue Sébastien Bottin, qui cherchait sa casquette, arrêtait tout le monde. Trinquons, à la librairie puis au Londo où, par hasard, la fidèle petite bande. Une vieille folle nous alpague dans la rue, demande l’église Saint-Machin mais n’en savons rien ; elle nous envoie au diable, littéralement – mais mon roumain ni celui de S. ne nous permettent de comprendre, c’est Diane qui traduit. Je connaissais mal cette fille, elle sort de l’ordinaire pour tant de raisons qu’il est impossible de les consigner ici. Dans son gin tonic flottent des concombres. Visage miraculeusement mobile. Née à Tours, originaire des Prébendes; elle connaît le Serpent Volant. Mais la conversation dérive vers les applications de rencontre et je me lève. A la maison pour 22h30. Les petits n’ont rien laissé ; verse de l’huile dans une assiette avec de l’ail cru, comme à la fac, pour y tremper le pain. »

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