
Points de bascule. Extrait du Journal au 19 mai 2025:
« Le camp européen l’emporte autour de 53%. J’attends le petit matin pour être sûr : aux élections de novembre, le candidat déclaré premier à 21h se retrouvait quatrième après minuit. Plus haut vers le parc, des scènes de liesse. Les commentateurs relèveront l’écart assez faible, malgré le trumpisme assumé du challenger ; et aussi, sans doute, l’opposition croissante entre la capitale et les campagnes. […] Deux tiers de l’internet désormais géré par les bots, la part croissant de jour en jour. Ce Journal et ses deux cents lecteurs : une sorte de village gaulois. Mais il y en a d’autres. […] La journée assez sollicitante. Déjeune d’un sandwich. Du retournement électoral d’hier pas un mot, personne – on sent, curieusement, que poser la question dérangerait, je ne m’y risque pas sauf avec T. S. qui ne fait pas mystère de son engagement politique. Réglé le problème du garde trop zélé, verrons demain s’il a reçu le mémo. Peu d’échanges, sinon – me méfie un peu de X. qui me tourne autour depuis une semaine, quelque chose à demander sans doute, depuis ce midi je commence d’y voir clair. Rentré avec Sylvain, qui dîne avec nous. Elsa fait des pâtes. Buvons des bières dans la petite cuisine. Le soleil tombe sur la gazinière, belle scène. J., avisant Sylvain, objecte : Mais c’est toujours le même invité ! Rions. […] Un ciel extraordinaire : la pluie battante puis grand soleil puis pluie battante puis… Le climat centre-européen, que j’imaginais plus fermement contrasté, reflète involontairement l’instabilité politique. Le vrai serait que les Carpates impriment au long vent d’est une sorte de torsion, amorçant des tourbillons nombreux – que viennent ici-bas contredire les barres d’immeubles : le spleen par ici on l’impose rectiligne. […] Une cigarette au poste de garde où je suis venu vérifier ; mais le zigoto n’est pas là, son vieux collègue le remplace. Discutons du terrorisme, auquel il ne croit guère quoique la consigne impose de passer le miroir sous les minibus. C’est la faute aux fils de ministres, explique-t-il, nombreux à fréquenter l’établissement. […] Marche avec S. dans les petites rues derrière chez moi, lui montre les maisons. Mais il fait nuit, on ne voit rien. Sur le boulevard, avant de nous séparer, remarque l’association des trois commerces, comme une charade : le bar à entraîneuses avec machines à sous, le prêteur sur gages et le laboratoire de dépistage dont l’affiche, en trichant un peu sur le latin, rappelle énigmatiquement qu’On réclame des preuves gynécologiques. Toute la vie sur vingt mètres de trottoir. Plus loin, encore, les vêtements de seconde main. Puis les urgences. »
Laisser un commentaire