Journal d'Anton B.

Lundi 12 mai 2025, 22h08

Points de bascule. Extrait du Journal au 12 mai 2025:

« Ce dont j’éprouve le plus le manque c’est d’un infini dans lequel mener des incursions : une mer, une montagne, des grottes dangereuses dont serais, par hasard, seul connaisseur des marques. Je fonde cette demande sur une expérience de quelques mois seulement, mais lesquels ! l’exploration des hauteurs du mont Bégo, où ne perdis jamais une occasion de me lancer tout seul. D’autres y trouvaient la mort assez régulièrement, que je voyais ramasser de loin, à la jumelle, par l’hélicoptère jaune. La peur bien sûr, mais cette peur me sauvait : du temps que j’y vécus ne churent jamais que des guides expérimentés, des que plus rien n’effraie, qui s’y prenaient pieds nus. J’aimais, en rentrant à la nuit, le visage mi-fâché mi-effrayé des autres, les gros yeux de Nicoletta et la distance – de nature trouble, c’est vrai – que cela me valait, me vaut encore. […] Rêve ordinaire : acheter voiture. Dans la logique du rêve on ne peut acquérir qu’une voiture déjà dans la famille : j’hésite entre la 404 de l’arrière grand-père, une épave de R5 que mon oncle Hervé refuse de me vendre et une petite blanche, une Polo ? qui aurait appartenu à mon père et traîne dans le poulailler depuis toujours. L’affaire demande, va savoir pourquoi, de rouler dans la campagne, vers Maule dont, dans le rêve encore, le relief s’est accentué jusqu’à en faire un col escarpé, couvert de châteaux qui sont, en réalité, les ministères versaillais. La neige. Saint-Malo, sans raison. […] Le trouble de l’IA me poursuit dans la rue, jusqu’au visage des gens à qui ne peux m’empêcher de trouver une régularité suspecte, un grain trop bien fait pour être vrai – et surtout, le plus inquiétant, la lente saccade de l’image générée, le branle mal coordonné des joues entre elles. La langue foutue depuis longtemps, leur gueule c’était leur seule résistance, jusqu’aux derniers des cons qui n’eût un nez, un front, une façon de prendre la lumière qu’on saluait, somme toute, comme inaliénable : rien d’étonnant à ce que les efforts de l’ennemi portent désormais de ce côté-là. […] Jean au téléphone. […] Au travail des contrariétés – non, le mot est trop fort, personne pour s’opposer jamais à rien, même pas le plaisir d’un esclandre : rien qu’une foule de gens comptant leurs heures dans le zonzon de la xerox, se plaignant de la clim, prévoyant leurs courses à l’hyper, scannant leurs organes aussi souvent que possible pour continuer, Dieu veuille longtemps, à compter ses heures, à se plaindre de la clim, à… Rentré avec Sylvain, à pied depuis la P. Presei. Poussons jusqu’à l’ambassade de Biélorussie, que découvre. Passons devant les Canadiens ; plus loin, si on remontait, le Pérou. Le banc contre l’ambassade russe appartient à la Russie, c’est comme le Port-Salut. On serait tenté de s’asseoir, pour vérifier. »

Laisser un commentaire