Journal d'Anton B.

Mercredi 7 mai 2025, 20h54

Points de bascule. Extrait du Journal au 7 mai 2025:

« Un orage cette nuit. Le vent, très fort, rabat la pluie sur nos fenêtres, à la perpendiculaire : de la pluie grasse, épaisse, tant qu’Elsa croit à des grêlons. La foudre photographie la pièce. Quelle heure est-il ? Je me suis couché tôt, avant minuit mais inutile, ne dormirai pas. […] En vélo, passe devant le siège du PSD, comme abandonné. Les journalistes sont partis, le parti qui sait s’il existe encore. Dans l’allée déserte une vieille femme passe la souffleuse sur les pétales de marronniers.[…] S. avait ramené du café en grains de sa visite à la brûlerie, cet hiver. Hier matin, E. en traversant l’exposition sur Christo aperçoit, présenté avec le reste – et pourquoi, d’ailleurs ? un moulin à café. Ni une ni deux. Le spectacle de cette jeune femme en train de moudre au milieu du grand hall sous le regard extasié de la petite fille est trop extraordinaire pour que quiconque pense à l’arrêter. […] Soudain l’Égypte : un bus avec, pour rafraîchir le moteur, une bouteille en plastique ouvrant le le capot arrière. […] Les géomètres de plus en plus nombreux, les théodolites poussent à tous les carrefours. La ville bouge, comprend-on, les murs jouent : pas tant le séisme attendu, pas tant la grande sautoir que le glissement invisible de la nappe que tirent, chacun de son côté, des convives aux forces inégales. On comprendra, dans cette ville dont il faut sans cesse reprendre les points, que la pensée sans cesse redistribue ses poids – voilà sans doute ce qui leur creuse le front si extraordinairement. […] N’ai pas quarante ans mais la Matrice s’épuise, elle ne produit plus de types nouveaux et doit, pour remplir les rues, ressortir les vieux moules. Ainsi, c’est Viliams Bakulis que je vois descendre du bus, ce matin, près du pont ferroviaire. Hier, Lucie dans la rue, et me fixant. […] En rentrant, passe devant l’ambassade russe. Jour de fête. Dans la rue perpendiculaire des berlines aux couleurs de démocraties très incertaines se sont garées n’importe comment sur le trottoir, jusqu’à la représentation du Canada dont les concierges s’énervent, impuissants. La police étonnamment calme. De gros types en cravate brune, le profil des steppes, présentent leurs papiers à l’entrée. Au moment que je me désintéresse de la scène, un punk à crête arrête sa Dacia devant le poste de garde : tout cuir, runes sur le nuque, la nana assortie. Suis un moment à penser à la courageuse manifestation d’un opposant. Du tout. Les grilles s’ouvrent, grand sourire, les mains se tendent. Ils disparaissent à l’intérieur. »

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