
Points de bascule. Extrait du Journal au 6 mai 2025:
« La permanence d’Antonescu, sous mes fenêtres, vide, lumières éteintes, les portraits arrachés dès la veille des élections – en application, sans doute, à quelque mystérieuse loi électorale mais comment ne pas y voir un présage ? Des militants qui trinquaient ce samedi, pas un ne reste. M’attends, d’une heure à l’autre, à voir repasser les peintres. […] Cauchemars spectaculaires de J. cette nuit : la guerre. La situation d’Ukraine a dû percer dans une conversation. Ferons attention. […] Surpris, en arrivant, une employée du réfectoire, la blonde, qui pleurait sur un banc. Les vieilles collègues s’efforçaient de la consoler. En passant devant elle, à midi, sans savoir quoi dire, je lui ai posé la main sur l’épaule et j’ai pressé. […] La matinée retirée, pour une fois, à la littérature, mais consacrée à mettre au clair mes arguments pour le vote de lundi. Dans ce cercle-là où tout d’ordinaire me bat froid, la question grecque semble mériter un engagement spécial ou, sinon, une interruption momentanée de l’indifférence – je ne supporte plus, sur ce débat, aucun militantisme, les pancartes me glissent des mains mais ne puis pour autant m’asseoir sur ce que j’ai reçu. On ne saurait pousser si loin le reniement. […] Sur le retour, en vélo, croisé le regard de cette jeune femme en noir au visage détruit – opération ? acide ? – à l’arrière d’un taxi, qui regardait passer la foule à l’Arc de Triomphe. Au siège du PSD il ne reste presque personne, quelques voitures vides, un garde remplissant le cendrier. Le temps lourd, l’air gras ; l’orage pourrait éclater n’importe quand. Une autre jeune femme, une adolescente cette fois, devant l’hôpital des cancéreux, en robe de chambre, socques de plastique blanc, fait les cent pas lentement, sans rien attendre et – c’est ce détail maintenant qui m’arrête – sans téléphone dans la main. […] Madame Wolff, avertit le mail, souffre des jambes, il n’est pas prévu qu’elle revienne. Elle ne sera pas remplacée. Voudrais laisser une petite place de ce Journal à cette femme discrète dont le mal – un accident de la route ? part des jambes et lui paralyse le visage, à qui le Board a confié la gestion des agrafeuses. Adelina dit qu’elle a un grand fils, quelque part. Et tout ça vit, pense, a aimé. »
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