
Points de bascule. Extrait du Journal au 24 avril 2025:
« Rêvé que faisais l’amour avec X. – une collègue, honnête mère de famille. C’est parfaitement saugrenu. M’en ouvre à Elsa au réveil, qui éclate de rire. […] A sept heures et demi la brume dans la vallée réfléchit, cette fois, une lumière très vive, à croire que le soleil a choisi dans le ciel une route, des horaires différents – je vérifie, en écrivant cela, par internet si par hasard nous n’avons pas changé d’heure. […] Attaques massives sur Kiev. Le plan américain intenable. Le maire de Vilnius publie un protocole d’évacuation de la population, distribue de l’iodure. Avons croisé, hier, sur la route de Rupea, des camions lance-missiles roumains qui roulaient vers l’est. […] Un dernier verre à Crit, puis repartons. La route agréable jusqu’à Brasov, les forêts, les Carpates comme un mur au fond du jardin. Puis ça se gâte. Entre les deux plus grandes villes du pays rien qu’une ancienne piste militaire, une deux voies, qu’interrompent sans cesse des travaux à l’arrêt – la corruption des années 90 a eu raison de l’autoroute. S. vomit au premier tournant ; on s’arrête mais aussitôt des chiens. Se font sentir, très vite, les rayons de l’absurdie qui a cours dans la plaine du sud ; ce policier, d’abord, qui m’arrête au milieu de la route mais non, il m’engueule, il ne fallait pas s’arrêter, juste que l’endroit lui plaît, le risque, la provocation ; puis ce restaurant bavarois où déjeunons au bord du bouchon général, serveur en chemise blanche et la gueule du majordome des Tontons, sur l’étagère des Balzac et des Jules Verne, à la télé le type porte une casquette rouge Make Romania Great Again; puis, en redescendant, au loin les raffineries de P., ce bout d’autoroute quand même mais les sorties donnent dans les labours. […] Dépose la Logan avec mon père. Un Bolt nous prend, pour le retour, devant l’Institut de Gériatrie. Le type surveille, en conduisant, les cours de la bourse ; il négocie dans ses oreillettes je-ne-sais-quoi avec je-ne-sais-qui, il en veut sept mille, on lui en donne quatre. […] Il m’est très pénible de revenir : l’appartement trop petit, trop bruyant – on ne sait s’il faut dîner la fenêtre ouverte ou fermée. Une erreur que cette vie-là. Je crie sur les petits, sur Elsa qui se démène, me moque d’Elisa qui vient de perdre son chat et la peine – »Trouduc ». Il n’y a rien à faire ici. Palpitations. Voudrais sortir aussitôt mais pour aller où »
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