Journal d'Anton B.

Dimanche 20 avril 2025, 22h36

Points de bascule. Extrait du Journal au 20 avril 2025:

« En descendant les bagages ce matin, croise une dame emportant une lanterne allumée : Pâques bien sûr mais suis un moment à imaginer une sorte de Saint-Diogène. […] Ai hésité, hier soir, à descendre pour un dernier verre, sans appeler personne. La fatigue, Dieu merci, a eu raison de moi. […] La route jusqu’en Transylvanie. Peu de monde. L’auto une hybride automatique, pas commode ; ai eu tout le mal du monde ne serait-ce qu’à démarrer. Les raffineries de Ploisti dans la poussière dorée. Pique-niquons à Sinaia, dans le parc, puis café en terrasse. Il reste de la neige au sommet des montagnes, les forêts gardent leur livrée brune, le printemps farouchement nié. Ma mère s’alarme de la forte proportion de femmes refaites, assez jeunes – la serveuse, assez spectaculaire, à croire que l’étirement des lèvres se paie sur la peau des mains ; et je me souviens de la blague de mon père, sur Lovamour : que chaque fois qu’elle serre les fesses elle ouvre la bouche. La route encore, passons les Carpates. Brasov au loin. Les forêts, de ce côté-ci, verdissent de toutes leurs forces, comme pour compenser. A Meisendorf vers 16h. […] Un petit village saxon, à 6km de Crit, où étions en octobre. Malgré les plaques roumaines notre arrivée ne passe pas inaperçue ; n’avons pas poussé la porte depuis dix minutes que la propriétaire se gare devant, se présente. La maison, superbe. Le vieux bâtiment date de 1768, l’autre a été relevé plus récemment mais avec goût. Le tout très pensé. Des jeux d’échecs, des bois de cerf. La bibliothèque : des classiques de la littérature pour enfant, dont un Tartarin de Daudet, en roumain ou en allemand. Une cour entourée de palissade donne sur la montagne. Poussons, à pied, jusqu’à l’église fortifiée qui fait la renommée du lieu, aussitôt interceptés par les chevaux qui vagabondent librement dans la rue ; puis, avec mon père et les enfants, dans la colline derrière, des pâturages plantés de pommiers en fleurs. Les Roms nous saluent avec une curiosité polie: ‘Christ est ressuscité’ à quoi E., briefée, répondait tout-à-l’heure comme doit : ‘En vérité il l’est.’ S. avise un crâne de chien, avec mâchoire, pour ma collection. Rentrons au coucher du soleil. Pommes de terre au lard, sarmale, pousses d’épinard sur la terrasse. Les petits surexcités. A la télé des chœurs d’enfants répètent : Christos a inviat, la star invitée – les lèvres refaites elle aussi – leur répond : Adevarat a inviat. Descendons avec mon père jusqu’à la maison que prenais pour un café. Fermée. »

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