Journal d'Anton B.

Vendredi 4 avril 2025, dans la nuit

Points de bascule. Extrait du Journal au 4 avril 2025:

« S. me demande l’âge de ses arrière-grands-mères, lui réponds. Ajoute, pour lui faire embrasser par l’esprit pareille traversée du siècle, que ça leur faisait respectivement deux et six ans au moment que la guerre éclata. La guerre est terminée depuis longtemps, déduit J. mais sa sœur, aussitôt : Non, il y a toujours des pays en guerre. Lesquels ? La Russie et l’Ukraine, on en parle à l’école. Un silence, puis : Et en Moldavie, il y a la guerre ? Non, pas exactement, mais il y a aussi les Russes. Autre silence, puis : Ça veut dire que tous les petits pays, la Moldavie, la Roumanie, la France, la Bulgarie et la Lettonie vont se mettre ensemble pour se battre contre les Russes ? Là-dessus leur mère fait remarquer qu’il est 7h20, qu’ils devraient être dans la voiture depuis quinze minutes, ouste-là. […] Mail de Madame X. : elle nous quitte pour raisons personnelles. Ai vaguement entendu parler des tourments que cette femme a traversés depuis septembre, l’ai vu se retrancher derrière son sourire – la plupart, à sa place, se seraient effondrés. Hésite à lui répondre. Peur d’être maladroit. […] On soulève à mon attention le fait que certains masculinistes américains, très actifs sur les réseaux, s’imposent de fixer le soleil à l’œil nu. […] La Grèce appellera son dispositif anti-missile : le Bouclier d’Achille. […] Mail de Maud, que je cite, à 4h du matin, très imprécisément :  »Je vous accompagne dans votre traversée du désert. » […] Aperçu la berline de l’ambassadeur finnois, avec fanion. Plus loin, c’est une camionnette de la Médecine Légale qui manque de nous écraser – elle force le passage avec gyrophares mais sans les sirènes, la foule la hue. […] Il me revient une phrase de Maman, hier : ma grand-mère a rendez-vous, à Versailles, avec l’acupuncteur de Mitterrand. […] Au théâtre ce soir, la pièce bouleversante, quatre rappels. Aurélie m’attend à la sortie. Rejoignons la bande au Londo mais le bar est fermé, on y tourne un film. Les cherchons au Local puis au Zadar, en vain. Les pétales de prunus tourbillonnent dans la nuit, tombent sur notre table. Aurélie, à qui je raconte l’histoire de l’acupuncteur, me donne son nom : le docteur De Kuyper. Il a soigné son père, jadis. Rentré à 4h du matin. Déplacé, en chemin, la voiture qu’Elsa avait laissée sur le boulevard, un peu n’importe comment. »

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