Journal d'Anton B.

Samedi 29 mars 2025, minuit

Points de bascule. Extrait du Journal au 29 mars 2025:

« La nuit dernière au Londo. Arrivé tard, prévu repartir vite ; mais y croise les drilles habituels, les trouve en train de lire ce Journal à haute voix, on me chambre ; et je me laisse gagner par ce quelque chose qui vous fait, sans raison, attendre la fermeture des bars, quoique je ne boive presque pas. Discussions diverses. La nouvelle serveuse fait des ‘études africaines’, revient d’Erasmus en Hollande, apprend par cœur le nom des réguliers. Samir enseigne l’arabe libanais, un homme très beau au visage sombre, qui demande discrètement à D., en arabe, si je suis chiite ; il me donnera le numéro d’un Égyptien, que cherchais depuis deux semaines pour Moustafa. X. habite ici depuis trente ans ; il distribue des films, ce soir c’est l’Institut qui l’invite ; il connaît personnellement la mère de Marc-Andrea Maurizi, le prodige corse. Y., elle, vient d’arriver, travaille dans le journalisme free-lance mais regarde les postes à RFI ; ce n’est qu’en rédigeant ces lignes que retrouve en elle quelque chose d’Aurélia Hulst. Également Mathieu, Victor, G. et S., A. la fille-du-Zadar, une autre en pull vert que je ne connais pas – L. dirait : trop tard et tant pis – inaudible à l’autre bout de la table mais son visage extraordinairement expressif invite à deviner quelle conversation l’anime à ce point. Ils s’encouragent mutuellement à se lever, il y une espèce de boîte pas loin, voudraient m’entraîner ; mais je sais, et me moque un peu, qu’en sortant du café les taxis les ramèneront tranquillement chez eux. M’éclipse discrètement. A la maison à deux heures. […] Mails de Yann M., qui réfléchit à venir. De la revue Allume-feu, que dois ctrl-F-er dans les 600 pages du Journal pour me souvenir de quoi retourne. […] A l’Institut pour changer les livres des petits ; puis la pizzeria. La Piata Victoriei vide pour la première fois depuis des mois – la petite tente Queshua qui assurait, ces dernières semaines, la présence symbolique, a dû être soufflée. Croisons en revanche croisons, sur le retour, une colonne de manifestants appelant à libérer la Palestine : une centaine, deux flics devant, deux flics derrière. Sur les grilles de l’ambassade d’Égypte les horaires du Ramadan, coincés entre deux barreaux à la va-vite, froissés, détrempés par l’averse, rescotchés cent fois. Hasard des trottoirs : devant celle d’Arabie Saoudite un type explique à son pote, en français, le sens de laïcité. Mais E., bloquée du dos, douloureuse, absente, et n’ose lui rapporter le fait. […] Tournoi d’échecs à Pitesti. Suis invité. La route sous le ciel gris. Sept parties rapides, en perd deux. Rentré à minuit. Dormir, putain. »

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