
Points de bascule. Extrait du Journal au 24 mars 2025:
« Au téléphone hier avec la famille, en visio : N. rentre du Chesnay en voiture, Th. en retard, il lisait, il y a son amie avec lui. T. dans le sud, s’est acheté une caméra, une casquette qu’il porte à l’intérieur, très Youtubeur américain. L. et J., à Toulouse pourtant, sont bien couverts. Nous nous déconnectons une heure plus tard. […] Soirée dans un pub du centre-ville, j’arrive le dernier, m’attendent Christophe et Sylvain, tracassé. Discutons de l’avenir du livre ; me crois malin en brandissant mes vieilles lunes mais, Ch. me l’assure, dans la littérature de genre des lustres on explore ces voies-là – rendrai compte, le lendemain, de cette discussion à Julien B., que je ne convainc pas non plus. Ch. s’en va demain, nous reverrons pas avant fin avril. Un vieillard très digne a collé son nez à la vitrine, il suit Italie-Danemark sur le grand écran ; un enfant rom, un attardé, pousse à intervalle régulier des reconnaissances entre les dîneurs ; les garçons le chassent à grand peine, le tirent par l’oreille sur le trottoir d’en face. Les toilettes sont en bas : découvre une cave immense, toute en alcôves, dont on comprend mal qu’elle ne déborde pas sous la route. Partout le bric-à-bras du bohème en toc : des machines à écrire, des baromètres-vapeur ; un vieux poste de radio, la fréquence réglée sur ‘Toulouse PTT’. Pas un chat. A la maison vers une heure, couché à deux. […] A Anna-de-N. toute la journée. Rien qui vaille sa place dans le Journal. Rentré avec Sylvain. Le printemps, un spectacle. Les fourmis ont reformé leurs colonnes. A l’arrêt de bus, pourtant au bord de la DN1, l’odeur de sous-bois l’emporte : la reverdie a réveillé les petites menthes bleues, les fausses-orties, en même temps qu’accélère la putréfaction des bouleaux tombés cet hiver et, regardez plus haut, des gros amadous dorés comme des écrouelles. Sommes un moment, S. et moi, à chercher quels mots pour ça. Le bus bondé. Mon compagnon d’aventure vit, justement, une petite aventure : il a reçu, chez lui, par mégarde, une lettre d’amour. Sur cette lettre, de la même encre que l’adresse, un carré de lettres, sans doute un code. L’heureux destinataire semble travailler désormais à l’ambassade des Pays-Bas ; c’est vers là qu’il part quand nous nous séparons. […] E. épuisée, épuisée, épuisée. Les petits, en mon absence, ne l’ont pas épargnée. Mange et va au lit. Pas retrouvé le voltarène. […] Répondu à Élise Gohier-Rocca. »
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