Journal d'Anton B.

Samedi 22 mars 2025, 21h39

Points de bascule. Extrait du Journal au 22 mars 2025:

« La nuit dernière au Londo : Sara et Greg, D. le médecin libanais et Victor qui, j’apprends, a trouvé du travail à Paris en avril – sa femme à lui, épuisée, fera une brève apparition. La salle est calme, ils ont ouvert la terrasse et, pour des raisons que je perds trop de temps à deviner, inversé au bar le sens de la queue. On me salue d’une autre table, c’est Alexandra G., la fille du Zadar, que n’avais pas vue depuis la lecture de Gr., cet hiver. Elle finit par nous rejoindre avec le garçon qui l’accompagne – lui est ‘monographe’, comprendre qu’il écrit des biographies, une actuellement sur Julien Benda dont consultons immédiatement la page Wiki. Débattons des auteurs roumains contemporains qui comptent, Cartarescu en particulier, qu’eux ne soutiennent pas sinon sa poésie ; Victor montre le compte Facebook de l’écrivain et, pour la première fois, vois sa tête. Mais l’ami de la jeune femme ne parle pas français, revenons à son sujet, Benda, dans un roumain empressé où faisons semblant d’y entendre quelque chose. L’oreille de Gr. lui fourche, il entend Benjamin Fondane ; il déclare incontinent son amour pour le poète mort à Drancy ce qui, à la surprise générale, déclenche une vive réaction de la part d’A. Il y a du bruit, avons déjà trop bu. Débattrons, à son départ, de ce qu’elle a bien pu vouloir dire, sans nous accorder. Rentré vers une heure, sagement. Ramassé, à l’angle du boulevard, un vieil almanach roumain de 1988 dont les photographies – Jean Marais, Johnny H., Ornella Mutti etc – se sont dégradées d’intéressante manière. […] A 8h dans le parc en attendant l’ouverture du Seneca. Soleil, le temps doux, les joggeurs ; des bourgeoises qui s’ennuient ont déroulé leur petit tapis, font les salutations au soleil. Ils ont doublé la garde de l’ambassade saoudienne – du bureau de son Attaché militaire, plus exactement. […] Au Seneca toute la matinée. A midi emmenons les enfants aux marionnettes – on joue ce matin le Chat Botté. En sortant versons notre obole à la plus célèbre chaîne de fast-food du monde. La foule nombreuse sur les boulevards, les cafés tous pareils, les pépées tristes au bras des potentats de bac à sable que fendons à contre-courant. Le reste à mon bureau; aux jeux, le soir, brièvement, l’ordinateur sur les genoux.»

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