
Points de bascule. Extrait du Journal au 19 mars 2025:
« -3° au matin. Il m’avait bien semblé cette nuit. La douche mi-tiède, habituelle – l’eau chaude qu’à partir de 11h – particulièrement pénible mais le temps manque pour remplir une casserole sur le gaz. Les petits trient dans leur bol les amandes effilées. Ma chemise serre au ventre, et pourtant j’ai fait des efforts. […] Rien ce jour qui n’ait éveillé l’intérêt de l’esprit – mais le Journal n’en demande pas tant. Sollicité cent fois par cent tireurs de manche, que j’écoute en jouant à deviner la demande. Je mets X. à part, un bavard mais que j’aime bien : une cabale, croit-il, s’est montée contre lui, il baisse la voix quand certains passent, il parle de mystérieux dossiers. Né la même année que moi, l’ai découvert récemment, à ma stupéfaction ; deux filles dont l’une du même âge que la mienne. Un homme cultivé, intelligent, l’estime beaucoup mais la vie, comprend-on, serre un peu fort. La fatigue ou non, plus que ça, les attaques des uns et des autres lui font sur le visage des tics, lui tapent l’angle des yeux de coins noirs. Ne sais que dire pour le rasséréner. Déjeuner avec Sylvain. Échangé, pour mon Perceval, avec une comédienne de Conflans-Sainte-Honorine, assez jolie, convaincante mais qui s’échappe à peine l’heure sonnée. Je-ne-sais-quelle discussion me retient sur le Plateau jusqu’à la nuit ; dans la salle qu’occupons une affiche rappelle comment réagir en cas de tremblement de terre. […] Sylvain me fait remarquer que le manuel d’utilisation des casques anti-bruit remplit 154 pages. […] 19-Mars. »La ville blanche écrasée de soleil… » Pensées. […] Voulu, ce matin à la station, faire correspondre le montant des lei avec, de l’autre côté de la virgule, celui des bani – les »chiffres de l’amour » ; mais la monnaie ici est trop faible, les chiffres défilent trop vite. Dépasse presque aussitôt la centaine de lei, or les décimales s’arrêtent à deux chiffres. Il est un peu triste que je ne me fasse cette réflexion que maintenant. […] Rentré avec S. : en bus puis à pied depuis Presei. Il sera, comme souvent, beaucoup question de notre pratique du Journal : deux manières d’épuiser le réel et dans mon cas je précise : de nous assurer de son existence. S. cite Camille Brunel : Le réel immense n’a pas besoin de l’immensité du réel ; et malgré l’obscurité de la formulation la crois saisir immédiatement. Au feu de Baneasa un clochard vend des livres mais sommes séparés par un camion, n’ai pu regarder lesquels. Sur un banc de l’Arc de Triomphe un sac de classe ouvert, abandonné. Il appartient à un élève d’une école primaire derrière l’ambassade de Tunisie – Mincu, Stefan ; matricule 56-115. Il reste un billet de dix euros. Le déposerai demain. »
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