
Points de bascule. Extrait du Journal au 11 mars 2025:
« La nuit d’hier perdue : pas l’esprit à. Joué aux échecs mais très mal. Réveillé sans raison toutes les heures. N’ai pas voulu pour autant me remettre aux choses sérieuses : fallait ce carême. […] Contre mon habitude me rends à Anna-de-N. dès l’ouverture, pour tirer au clair cette affaire de sac. Diverses sollicitations intempestives, les remarques aussi d’un abruti que je laisse poliment dégoiser jusqu’à ce qu’un autre l’interrompe. Re-fouille générale. Puis vais embêter Marian, qui seul connaît la parola pour la surveillance vidéo : une heure à passer en revue les caméras pour le 21 février : apercevons le sac dans ma main à 13h30 au deuxième étage, à 16h30 de nouveau en descendant au premier mais quand je sors enfin, vers 17h, plus rien. Il faut donc que quelqu’un, entre le 21 février et le 8 mars, l’ait sorti de la salle de repos ; mais Marian commence de s’agacer, c’est son temps à lui que je bouffe. Faudrait passer en accéléré de film des deux semaines mais il rechigne, refuse, demande une requête en bonne et due forme. Je remonte, abattu. Julien, touché, m’ouvre les laboratoires, dont j’ignorais l’existence. En vain. Broie du noir ; finis par zieuter dans le casier des gens, par la fente. Là qu’il est, dans le numéro 75. Une mauvaise blague. […] Longue réponse, un mois plus tard, d’Elise G.-R., de Fère-Champenoise, que je félicitais pour son succès en égyptologie ; c’est une adresse qu’elle ne consulte plus, une chance que. Elle a suivi, de son côté, l’avancée de mes travaux. Sa sœur est en médecine à Timisoara. […] La vidéosurveillance : comme dans les films. La caméra n’enregistre que s’il y a mouvement ; mais devant celle du deuxième est pendu une sorte de T-shirt sur un fil, il tourne lentement, la déclenche toute la nuit – on ne peut s’empêcher alors, aux heures pas possibles, de plisser les yeux, de chercher l’apparition. De temps en temps les lumières tremblent – un faux contact, commente Marian, ils ne l’ont jamais expliqué. Ils n’ont pas expliqué, non plus, pourtant tout est automatique, le décalage de trois minutes entre le passage réel et l’heure enregistrée. […] D’avoir retrouvé ma sacoche achève prématurément la journée. M’assois dans la bibliothèque, incapable de rien faire. A 11h une voix tombe d’un haut-parleur que je n’avais jamais remarqué : c’est le quart-d’heure-de-lecture-obligatoire, merci. […] Vers 14h une femme de ménage, paniquée : c’est elle qui, croyant bien faire, à la fin février a rangé la sacoche dans un casier vide. […] Messages de Moustafa : il examine les visas pour l’Europe, la Roumanie seule semble accessible. Il semble désirer tourner la page. Échangeons sur le coût de la vie, le salaire moyen. L’aiderai comme je peux. Affaire à suivre. »
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