
Points de bascule. Extrait du Journal au 2 mars 2025:
« Addendum d’Elsa au Journal d’hier : les crêpes sur le poêle à bois même chauffé à blanc ont mangé deux heures de sa vie. La fumée, la chaleur lui tournent la tête. Pas vingt heures qu’elle s’endort. […] Me couche vers deux heures du matin. La nuit étonnamment calme. Au réveil, il pleut. Elsa, malade, gardera le lit. Fouille le tiroir des Dvds : la plupart, des romances sponsorisées par le Daily Mail, des cours de zumba ou de relaxation indienne. Mets les enfants devant The Railway Children, par élimination. […] Ma sœur parle d’acheter une maison, annonce Maman. En suis tellement loin, pour de multiples raisons, l’emprunt bancaire pas le moindre. Certain pourtant que les enfants… […] Elsa descend vers 11h, soulève le couvercle de la casserole, déclare que mes haricots ne cuiront jamais : des assiettes de cailloux brûlants. […] Les enfants s’en vont fouiller le taillis, S. me ramène un nouveau crâne de chien, plus gros et mieux conservé. Les entraîne vers le terrain de foot où des hommes rassemblent des branchages. Attendons de voir s’ils y mettent le feu mais non. Rentrons. Les autos ralentissent devant nous, les chauffeurs nous dévisagent, l’effort de s’expliquer notre présence dans cette grisaille leur déforme le front. E. vient à notre rencontre. Parties d’échecs à la maison – cette fois-ci J. a pris le parti de sa sœur. […] La journée à mon petit texte, agacé. Les déplacements que j’essaie ne font qu’embrouiller davantage. Sortons en fin d’après-midi ; veux revoir le vieux cimetière. La bête plaine à betteraves, à pylônes et gravats, les champs semés de bidons vides, de flacons de somnifère, de douilles tirées, si semblables à ceux de Bailly que, très vite, j’oublie où sommes, pense à ceux qui m’ont donné leur nom. La terre grasse colle aux semelles. Mais les enfants se plaignent, revenons vers le village. Le cimetière pas si vieux, les tombes jusqu’en 1921 ; mais les herbes grises engloutissent tout, les pierres basculent lentement, les saules noires, les carcasses de mouton. (Sur les stèles des croix orthodoxes, des ordres du mérite mais une me retient, l’excentrique certainement, qui porte un marteau, un rabot et une sorte de cartouche égyptien) En rentrant à la nuit tombée trouvons le village rassemblé sur le terrain de foot : les flammes montent haut, les vieux y jettent des palettes, des pneus. On a aménagé un petit tapis de braises pour faire sauter les enfants. Si beau que personne n’ose sortir son téléphone. La lune un croissant fin, descendant. Des pauvres aspirations de l’individu qui me préoccupaient jusque-là, nulle ne reste. »
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