Journal d'Anton B.

Lundi 24 février 2025, 22h07

Points de bascule. Extrait du Journal au 24 février 2025:

« Réveillé à minuit, recharge le poêle. Se superposent les souvenirs d’autres maisons froides : celle de Nouans, en avril 2004, la première fois et, bien sûr, chez les grands-parents de Magalie, dans le Finistère, au nouvel an 2010 – en branchant, cette nuit-là, les couvertures électriques, n’avais pu m’empêcher d’admirer la dangerosité du truc, une ordalie pour inconscient. A six heures, quand je rouvre les yeux, le poêle froid. […] Une maison de grande famille mais, comprend-on, ne s’y réfugient que les cinquièmes roues du carrosse. Dans les tiroirs des CD-2 titres de métal bulgare, des jeux dépareillés, des bougies collées de miettes de tabac et des cordes de guitare. Une vieille voisine passe au carreau, salue. Dans le petit bureau de l’étage, où me suis installé pour écrire, un tarot de ‘french cartomancy’ ( »The true cartomancy from the hands of Madame Lenormand »). Dans la pile de cartes postales, des photos de groupes endimanchés des années 20 puis, planquée là, dans un contre-jour artiste, une très belle femme nue – c’est, en fait, une photographie de photographie. […] Poussons, au matin, jusqu’à la supérette du village où, heureux hasard, la dame parle roumain. Puis café en face, à l’auberge, où les deux filles cachent mal leur étonnement d’entendre du français. A peine rentrés qu’Elsa repart remplir des bidons à la source municipale. L’y attend un gros crapaud noir, qu’elle dérange. Trois heures plus tard une folle, qu’elle n’ose pas déranger – elle bénissait, raconte E., le champ de neige avec un pot de yaourt et j’allais lui dire, mais m’arrête à temps, qu’avec les étranges idées de recyclage enregistrées sur son téléphone à elle et la sorcellerie bulgare quelles différences ? […] Internet trop faible ici. Ne posterai la photo qu’en rentrant. […] Faisons le tour de la colline. Immensité blanche que percent, très loin, des vergers depuis longtemps rendus à l’état sauvage, des silos tombés, des murs ras ; mais à la dernière ferme du village une jeune femme s’est cachée derrière la grange pour fumer et à cinq cents mètres nos regards se croisent, quelque chose. Les enfants s’amusent à suivre les traces ; mais ils viennent d’accompagner leur mère à la source et très vite me retrouve seul avec S. Parlons des différents pays, de ce que c’est d’être étranger, du sens que chacun peut y mettre. La soirée plus pénible. J. mouille son pantalon deux fois, sans raison, presque méchamment. E. courageuse mais de moins en moins patiente. L’alarme fumée se déclenche au pire moment. »

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