
Points de bascule. Extrait du Journal au 22 février 2025 :
« La nuit dernière, au Londo. Il y a Christophe, Sarah et Greg, Ioana et Victor. Sylvain dans le train pour Prague. Nous rejoint, un peu avant minuit la grande brune, très élégante, l’amie de Sarah dont je ne retiens jamais le nom. Trinquons à la sortie d’Une Vie de saint, avec l’auteur, qui m’offre un exemplaire. Le bar bondé, toute la peine du monde à trouver la place d’une chaise. Françoise Hardy. A table d’à côté des filles seules, modérément jolies, chacune avec une rose, glissent le pouce sur le téléphone sans dire un mot – finirons, pour les dérider, par leur jeter des bouchons de vin, ce qu’elles prennent mal. Avise, sur l’étagère derrière moi, un exemplaire en roumain des Diaboliques, puis Eugène Sue. G. n’a pas de nouvelles de Grasset, qui lui faisait miroiter une place. De Sarah, de Ioana, si rétives à parler d’elles-mêmes, on ne saura presque rien. Le serveur nous empêche de fumer devant la porte, il a un procès en cours avec la voisine, pour tapage ; à une heure tapante nous chasse manu militari. Rentre en vélo, par -16° ; les derniers passants dérapent sur le miroir des gouttières, se font mal, se relèvent lentement, instantanément dessaoulés. […] Réveil à huit heures. A la place d’Elsa, dans le lit, il y a J. qui lit un Lucky Luke. […] Au matin à mon bureau. Les infirmières, en face, se penchent avec des éponges pour nettoyer le tour extérieur des fenêtres du quatrième, une folie. Ainsi la semaine dernière, et celle d’avant. Comprends enfin en voyant Elsa les imiter : c’est que la condensation détrempe les joints. […] Sortons tard, après la sieste. Une grande manifestation s’amorce sur la place ; les gendarmes, cette fois, portent la tenue anti-émeute, verrouillent le quartier, ouvrent les sacs. L’extrême-droite roumaine arbore désormais sans complexe le drapeau américain ; de grands couillons patibulaires, des fourchettes-à-soupe mais aussi, peine à le voir, des familles, de jolies femmes. Un grand détour pour qu’on ne nous compte pas avec eux. A la librairie ; discute avec Mathieu puis avec Héléna, la patronne, que l’idée de la Vitre ne rebute pas ou trop polie pour le dire. Récupère le Michon, l’exemplaire du lycée qui, petite entourloupe, touchera le mien dans deux semaines. Café Calea V. Le soleil se couche sur le crème NRF mais suis un moment à regarder, ému, le nom du maître. Rentrons par le petit parc du centre – notre arrivée chasse deux ados qui se tripotaient dans le toboggan par -15°. Timothée au téléphone, me parle de 2026, ce qui laisse le temps. Nous nous étions mal compris. »
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