Journal d'Anton B.

Jeudi 20 février 2025, 17h30

Points de bascule. Extrait du Journal au 20 février 2025 :

« Grand froid mais grand soleil. Les congères se sont figées, il faut les briser au talon. Toute une affaire de sortir la voiture ; un vieux finit par s’arrêter, amusé par nos efforts ; il gueule en français : Faites la balance ! puis le geste de reculer et d’avancer. Les rues sont vides, les écoliers roumains sont en vacances ; au lycée en 35 minutes. Cependant la conversation d’hier continue de nous peser, à Elsa et moi : cette vie-là n’apporte pas satisfaction, il faudrait qu’E. s’arrête, se mette à mi-temps – vive, enfin, ce qu’à 37 ans elle n’a pas encore eu le temps de faire. Elle accepte, pour ce soir, d’aller au cinéma, seule. C’est un premier pas. On passe 2001, l’Odyssée de l’espace. […] Ai fait les courses, la nuit dernière, cinq minutes avant minuit. Le Shop And Go du pied de l’immeuble s’apprête à fermer ; les balayeurs municipaux se font couler des cafés au distributeur, un clochard tient la porte, attend au chaud. Dehors, quelques types louches, les mêmes toutes les nuits, ils rangent je-ne-sais-quoi au moment que je passe et font le salut militaire. Faudrait réserver un livre à la caissière, femme au visage ravinée, sans âge, qui sourit toujours aux enfants, discute avec E. mais me boude, moi, ostensiblement. […] Donné quelques heures sur la tragédie, Aristote, Pasolini mais me fais bordeliser. Personne n’y est plus. Cependant les enfants se tiennent bien dans la voiture du retour, aussi faisons un détour chez Constant, où j’achète des éclairs : deux cafés pour moi, un chocolat pour J. et une sorte de mousse rose, bonbonnée, écœurante rien qu’à l’œil, pour S. qui n’en peut mais d’excitation. Aperçu Bogdan sur un trottoir, avec sa fille. Elle a l’âge de S., ils habitent pas loin, il faudrait que nous les invitions. […] Payé les 400 à Catalin, par l’intermédiaire d’Alexandra. […] Accepté la proposition de Christophe. Il renvoie, quelques heures plus tard, le sommaire des treize numéros. […] Suis dernier à n’avoir pas fait faire mon badge. Emprunte la porte de secours, sous le regard d’Augustin à qui on a, certainement, donné quelque consigne mais qui n’ose pas, l’excellent homme, m’en faire la remarque. Le ton des mails agace, aussi, circonlocutoire, euphémistique : de quelle  »montée en puissance du dispositif » parle-t-on ? Mais Sylvain a vérifié, il ne trouve pas trace de cette expression dans les communiqués administratifs. Ce sera moi qui. »

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